01 novembre 2026
Still in Hollywood fête aujourd’hui ses 32 ans. Parue après l’annonce des concerts d’adieu de Concrete Blonde, cette compilation rassemble raretés, reprises et enregistrements live comme les pièces dispersées d’un dernier autoportrait.
Lorsque Still in Hollywood paraît le 1er novembre 1994, Concrete Blonde a déjà annoncé sa fin. Quelques mois plus tôt, le groupe avait présenté ses concerts de mars à Los Angeles comme des adieux. La compilation arrive donc moins comme une nouvelle étape que comme un retour sur la première période du trio, au moment précis où Johnette Napolitano entend reprendre la maîtrise de sa vie et de ses projets.
Une séparation annoncée sans faux suspense
En février 1994, interrogée par le Los Angeles Times sur les raisons de cette décision, Johnette Napolitano répond sans détour : « Because it’s done. We’ve done what we set out to do. » Le groupe a accompli ce qu’il voulait accomplir. Sa chanteuse explique également vouloir retrouver le contrôle de son existence et choisir elle-même ses projets. Il ne s’agit donc pas d’une rupture présentée comme provisoire, mais d’une décision assumée avant même les concerts d’adieu.
Ce contexte transforme profondément la lecture de Still in Hollywood. Le disque n’est pas un album studio conçu autour de nouvelles séances et d’un producteur unique. Il agrège au contraire des faces B, des contributions à des bandes originales, des prises alternatives, des reprises et des titres enregistrés en concert. Ses crédits multiples, associés notamment à Concrete Blonde, Earle Mankey, Chris Tsangarides, Sean Freehill et Sig Sigworth, reflètent cette diversité d’origines.
L’absence d’unité de fabrication devient ainsi le principe même du disque. Chaque morceau provient d’un moment ou d’un contexte différent, et l’ensemble recompose la trajectoire du groupe sans chercher à la résumer par ses seuls succès. Le résultat tient davantage du bilan en fragments que de l’anthologie traditionnelle.
Les concerts conservés dans le dernier chapitre
La dimension rétrospective apparaît particulièrement dans les versions live de « Joey », « God Is a Bullet », « Roses Grow » et « Tomorrow, Wendy ». Ces enregistrements ne reproduisent pas simplement le contenu des albums précédents : ils conservent la trace du répertoire tel que Concrete Blonde l’a porté sur scène. Au lendemain des adieux annoncés à Los Angeles, leur présence donne au disque la valeur concrète d’une mémoire de concert.
Le choix de réunir ces prises avec des raretés et des versions alternatives évite également de réduire l’histoire du groupe à une suite de singles. Still in Hollywood rassemble ce qui se trouvait jusque-là dispersé entre différents supports et différents projets. Cette construction explique pourquoi la compilation peut être entendue comme la trace discographique de la séparation, plutôt que comme un simple catalogue de chansons connues.
Concrete Blonde et Still in Hollywood figurent aussi dans la programmation de RADIO COLLECTION. Deux reprises présentes sur le disque, « Little Wing » et « Everybody Knows », en révèlent particulièrement bien la logique : revisiter d’autres auteurs fait ici pleinement partie du portrait du groupe.
« Little Wing », souvenir d’un groupe encore heureux
Parmi ces reprises, « Little Wing » possède une résonance très précise pour Johnette Napolitano. Bien plus tard, la chanteuse a expliqué que cette version de la chanson de Jimi Hendrix la ramenait à une période pendant laquelle les membres de Concrete Blonde étaient encore heureux. Son souvenir ne transforme pas le morceau en confession autobiographique : elle apprécie au contraire de pouvoir l’associer à Hendrix plutôt qu’à un épisode personnel clairement désigné.
Cette déclaration donne à « Little Wing » une place singulière dans une compilation publiée après l’annonce de la séparation. Le morceau devient le lien direct avec un temps antérieur de l’histoire du groupe, évoqué par Napolitano elle-même comme un moment heureux. Au milieu des prises live et des matériaux épars, il apporte un souvenir formulé de l’intérieur, sans réécriture romanesque de la rupture.
« Everybody Knows » ouvre une autre porte. Concrete Blonde reprend ici une chanson de Leonard Cohen, aux côtés d’autres relectures présentes sur la compilation. Le rapprochement entre Cohen et Hendrix montre l’étendue du matériau réuni : Still in Hollywood ne raconte pas seulement Concrete Blonde par ses propres compositions, mais aussi par les chansons que le groupe a choisi d’intégrer à son répertoire.
Un bilan qui refuse la compilation de succès
La force narrative de Still in Hollywood vient finalement de sa position particulière. Le disque paraît après une décision de rupture clairement énoncée, mais il ne cherche pas à fabriquer artificiellement un ultime album studio. Il accepte son caractère composite et rassemble les traces laissées en marge des albums : une reprise associée à un souvenir heureux, des lectures de Hendrix et de Cohen, des versions alternatives et plusieurs performances publiques.
Trente-deux ans après sa sortie, cette construction demeure l’élément essentiel du disque. Les adieux de 1994 lui donnent son cadre, tandis que les morceaux en fournissent les différentes perspectives. La réponse concise de Napolitano — le groupe avait accompli ce qu’il s’était fixé — trouve ainsi un prolongement matériel dans cette collection : non pas une nouvelle promesse, mais les fragments conservés d’un parcours arrivé à son terme.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien de Johnette Napolitano avec le Los Angeles Times, publié au moment de la séparation, apporte son explication directe de la fin de Concrete Blonde et le contexte des concerts d’adieu. L’entretien accordé à Culture Brats éclaire quant à lui le souvenir personnel que la chanteuse associe à « Little Wing ».
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Fiche de l'album
Album : Still in Hollywood
Artiste : Concrete Blonde
Anniversaire : 32 ans
Date de sortie : 1er novembre 1994
À retenir : « Little Wing » rappelle une période heureuse du groupe




