19 octobre 2026
Concrete Blonde célèbre aujourd’hui les 33 ans de Mexican Moon, un disque pensé comme un retour aux sources mais paru au pire moment pour le groupe. Entre une ancienne chanson de Dream 6, un sermon de Jim Jones déniché à Paris et les licenciements qui désorganisent Capitol, l’album referme bientôt un chapitre de son histoire.
Le disque est terminé lorsque Johnette Napolitano assiste à une scène qui résume brutalement le contexte de sa sortie. La chanteuse se trouve un jour en réunion chez Capitol avec onze personnes. Le lendemain, raconte-t-elle, toutes ont été licenciées. « One day I was in a meeting with eleven people, and the next day they were all fired. » Dans cette maison de disques secouée par les suppressions de postes, Mexican Moon se retrouve sans l’accompagnement espéré.
Napolitano estimera par la suite que cette désorganisation a contribué à faire négliger l’album. Le problème ne tient donc pas seulement à l’accueil réservé aux chansons : les interlocuteurs chargés de soutenir le projet disparaissent au moment même où il doit trouver son public. Après la fin d’I.R.S., précédent label de Concrete Blonde, le passage chez Capitol devait ouvrir une nouvelle étape. Il place finalement le groupe au milieu d’une entreprise en pleine tourmente.
Un retour aux premières vies de Concrete Blonde
Mexican Moon n’est pourtant pas conçu comme une tentative de rupture avec le passé. Johnette Napolitano le présente au contraire comme un retour aux sources. Le groupe produit lui-même ce cinquième album studio avec Sean Freehill, préférant conserver la maîtrise de sa direction plutôt que de la confier à un producteur extérieur.
Ce mouvement vers les origines prend une forme très concrète avec « Rain ». La chanson remonte aux débuts de la formation, lorsqu’elle s’appelait encore Dream 6. En la réenregistrant pour Mexican Moon, Concrete Blonde ne se contente pas de reprendre une ancienne composition : le groupe fait entrer sa propre préhistoire dans un album qui deviendra bientôt celui d’une fin de cycle.
D’autres morceaux viennent de chansons écrites plusieurs années auparavant avec Texacala Jones. Ce choix donne au disque une profondeur chronologique particulière : au lieu de repartir d’une page blanche, Napolitano rouvre des matériaux antérieurs et les intègre au Concrete Blonde de 1993. Le retour de Paul Thompson renforce cette continuité. Le batteur, absent de Walking in London à cause de problèmes d’immigration, retrouve ici sa place dans le groupe.
Un sermon de Jim Jones retrouvé chez un disquaire parisien
L’épisode le plus saisissant de la fabrication concerne « Jonestown ». Le morceau s’ouvre sur un extrait du dernier sermon de Jim Jones. Ce document sonore n’a pas été repéré dans une archive préparée pour l’album : Napolitano raconte avoir trouvé le vinyle dans une boutique de disques à Paris.
L’utilisation de cet enregistrement impose ensuite une démarche inhabituelle. L’extrait est licencié auprès de Genesis P-Orridge, figure de Throbbing Gristle. La trouvaille parisienne devient ainsi une véritable composante du morceau, après avoir franchi l’étape nécessaire de l’autorisation. Ce prélèvement historique donne à « Jonestown » une entrée directement reliée au sujet annoncé par son titre, sans qu’il soit nécessaire d’en fabriquer une interprétation supplémentaire.
La chanson qui donne son nom à l’album part, elle aussi, d’une histoire précise. Johnette Napolitano a expliqué que « Mexican Moon » était liée à un chauffeur de taxi à Mexico. Derrière ce titre très évocateur se trouve donc un épisode personnel concret, et non un simple décor choisi pour sa sonorité. Entre cette rencontre et le disque découvert à Paris, l’album transforme deux souvenirs de voyage en points de départ pour ses chansons.
Un album rattrapé par la fin du groupe
« Heal It Up » devait notamment porter le disque, mais le single ne rencontre pas le succès commercial attendu. L’écriture et la production de l’album sont saluées par la critique, sans permettre à Concrete Blonde d’élargir réellement son public. Mexican Moon trouve également sa place dans la programmation de RADIO COLLECTION, aux côtés de ce titre.
La sortie contrariée par la situation de Capitol prend une autre dimension avec ce qui suit. Concrete Blonde part en tournée, puis se sépare. Mexican Moon devient ainsi le dernier album du groupe avant cette rupture. Ce statut n’était pas seulement suggéré par la reprise d’une chanson de Dream 6 ou par le retour de compositions plus anciennes : il s’impose après coup, lorsque cette remontée vers les origines se transforme en conclusion.
Trente-trois ans plus tard, le souvenir du disque reste indissociable de ce contraste. Concrete Blonde avait repris le contrôle de la production, retrouvé Paul Thompson et rouvert ses archives artistiques. Mais lorsque l’album arrive chez Capitol, les personnes censées l’accompagner disparaissent presque du jour au lendemain. L’image laissée par Napolitano demeure celle de cette réunion à onze participants, suivie dès le lendemain par onze licenciements.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien de Johnette Napolitano avec Louisville Public Media apporte les récits les plus précis sur les licenciements chez Capitol, l’origine de « Rain » et le sermon utilisé dans « Jonestown ». L’interview contemporaine publiée par The Washington Post éclaire le retour aux sources revendiqué par la chanteuse et la place de l’album dans la trajectoire du groupe.
L’entretien accordé à Atlanta Music Guide permet de relier la chanson « Mexican Moon » à l’histoire du chauffeur de taxi rencontré à Mexico.
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