Pour ses 69 ans, Lee Thompson et l’histoire du saxophone que Madness a failli perdre


05 octobre 2026

Lee Thompson fête aujourd’hui ses 69 ans. Membre fondateur de Madness, il a transformé un apprentissage autodidacte, une éviction passagère et quelques difficultés techniques en une présence instrumentale immédiatement reconnaissable.

Avant le saxophone, Lee Thompson avait presque tout essayé. À l’école, le jeune Londonien né à St Pancras passe notamment par le bugle, la trompette et le trombone. Le saxophone ne figure pourtant pas parmi les instruments qui lui sont alors proposés. Sa trajectoire se construit donc moins autour d’une vocation précoce que par essais successifs, jusqu’à cette découverte qui finira par occuper une place centrale dans Madness.

« J’ai fini avec le saxophone après avoir essayé à peu près tout le reste », résumera-t-il plus tard. Le choix se précise au contact des musiciens entendus sur disque ou en concert. Thompson cite notamment Davey Payne, mais aussi Roxy Music et le rhythm and blues noir des années 1950. Il apprend en partie seul, en jouant avec ses disques. Parmi les premiers solos auxquels il se mesure figurent Return of Django et Love of the Common People.

Un apprentissage à l’oreille, disque après disque

Lee Thompson ne dissimule pas le caractère empirique de cette formation : « J’ai en quelque sorte appris tout seul à en jouer. » Les enregistrements deviennent ses exercices, ses partitions informelles et ses partenaires de répétition. La fréquentation du ska et des saxophonistes vus sur scène complète progressivement cet apprentissage. À propos de l’un de ces concerts, il dira simplement : « C’est le fait d’aller les voir qui m’a poussé à acheter un saxophone. »

En 1976, Thompson fonde avec Mike Barson et Chris Foreman un groupe d’abord baptisé The North London Invaders. Cette formation nord-londonienne deviendra Madness. Mais la place du saxophoniste est encore fragile : son énergie et ses idées ne suffisent pas à faire disparaître les réserves sur sa maîtrise de l’instrument.

L’année suivante, une critique de Mike Barson sur son jeu provoque son bref départ. Thompson quitte le groupe en 1977, avant de se réconcilier avec les autres membres et de revenir la même année. L’épisode aurait pu réduire Madness à une autre configuration. Il devient au contraire l’un des premiers tournants de son histoire : le saxophone contesté reste dans le groupe et participe bientôt pleinement à son identité.

Le studio transforme une difficulté en couleur sonore

Les débuts ne sont pas exempts de problèmes d’accordage. Pour les compenser, Thompson adapte son embouchure et son matériel. En studio, la réponse ne consiste pas seulement à corriger son jeu : son saxophone passe aussi par un Eventide Harmonizer, un traitement qui contribue à épaissir et à durcir sa texture.

Ce procédé donne à l’instrument un grain râpeux, rapproché dans un témoignage consacré aux débuts de Madness d’une couleur évoquant Fela Kuti. Une limite technique est ainsi intégrée au son collectif. Le saxophone ne cherche pas la propreté académique à tout prix : il devient une voix nerveuse, parfois imprévisible, capable de se glisser entre les rythmes, les chœurs et les mélodies du groupe.

Thompson ne se limite d’ailleurs pas à cet instrument. Dans Madness, celui que l’on surnomme Kix ou El Thommo participe également aux percussions et aux chœurs. Les titres du groupe, également présents dans la programmation de RADIO COLLECTION, montrent combien son rôle dépasse celui d’un simple soliste placé en marge des chansons.

De The Prince à une histoire familiale devenue chanson

Lee Thompson est aussi l’auteur du premier single de Madness, The Prince. Conçu comme un hommage au musicien jamaïcain Prince Buster, le morceau affirme le lien du groupe avec le ska. Pour celui qui avait appris en reproduisant des solos entendus sur disque, l’écriture de ce premier titre constitue une autre manière de faire vivre les musiques qui l’avaient conduit vers le saxophone.

Sa contribution prend une dimension plus personnelle avec Embarrassment, qu’il coécrit. La chanson s’appuie sur un scandale familial provoqué par la naissance de l’enfant métis de sa sœur. Derrière le rythme et l’efficacité du morceau apparaît ainsi un récit de rejet au sein d’une famille. Le titre compte parmi les premières chansons de Madness décrites comme portant une dimension sociétale.

Thompson est également crédité comme coauteur de House of Fun, autre single majeur du groupe, ainsi que d’Uncle Sam. Ces chansons dessinent un rôle multiple : instrumentiste dont le son a dû être façonné, chanteur et musicien collectif, mais aussi auteur capable de partir d’un hommage musical ou d’une situation intime.

En 2011, il prolongera cette relation au ska en fondant le Lee Thompson Ska Orchestra avec Mark Bedford et une formation évolutive de musiciens. L’histoire avait commencé par plusieurs instruments abandonnés, des disques utilisés comme professeurs et une critique assez vive pour le faire partir momentanément de Madness. Elle tient finalement dans cette contradiction féconde : le saxophone jugé incertain en 1977 est devenu l’un des traits les plus distinctifs de Lee Thompson.

Sources et pour aller plus loin

Le récit de l’apprentissage autodidacte et des débuts de Madness s’appuie notamment sur les témoignages réunis par Seven Ragged Men dans son histoire de la formation du groupe. Lee Thompson y revient directement sur les instruments essayés, les disques avec lesquels il travaillait et sa découverte du saxophone.

Le document journalistique Madness Uncut de John Lewis apporte les détails techniques sur les problèmes d’accordage, l’adaptation du jeu de Thompson et l’utilisation de l’Eventide Harmonizer en studio.

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