07 novembre 2026
Avec 90125, Yes fête aujourd’hui les 43 ans d’un disque commencé sous un autre nom. Au cœur de cette renaissance : Trevor Rabin, le retour de Jon Anderson et une chanson dont la démo avait été refusée avant de devenir un numéro un américain.
Le riff de Owner of a Lonely Heart n’est pas né dans un grand studio londonien. Trevor Rabin raconte l’avoir trouvé sur une guitare acoustique alors qu’il était aux toilettes. La suite n’a rien d’une marche triomphale : soumise à Clive Davis, la démo est rejetée, jugée trop atypique. Cette chanson deviendra pourtant le moteur de 90125, paru le 7 novembre 1983. Entre ces deux moments, un nouveau groupe aura repris le nom de Yes.
Cinema, un nouveau départ avant le retour d’Anderson
Après la séparation de Yes en 1981, le projet se construit autour de Chris Squire, Alan White, Trevor Rabin et Tony Kaye. Leur nom est alors Cinema. Le point de départ n’est donc pas simplement la préparation d’un nouvel album de Yes : c’est une autre formation, dans laquelle Rabin prend place aux côtés de trois musiciens déjà liés à l’histoire du groupe.
L’arrivée de Jon Anderson change l’identité de l’ensemble. Avec son retour, Cinema devient une nouvelle formation de Yes. 90125 réunit ainsi deux mouvements : l’entrée de Rabin, qui signe son premier album avec le groupe, et les retrouvailles avec Tony Kaye, absent de sa discographie depuis douze ans. Le disque fait revenir Yes sans rétablir à l’identique une ancienne équipe.
Un autre ancien membre intervient, mais de l’autre côté de la console. Trevor Horn, qui avait chanté sur Drama, revient comme producteur. Ce choix suscite d’abord les réticences de Rabin, méfiant envers ce spécialiste de la pop. Les séances se déroulent notamment aux studios Sarm, à Londres, avec une session supplémentaire aux AIR Studios. L’entente entre le guitariste et le producteur va se jouer jusque dans les décisions très précises prises sur Owner of a Lonely Heart.
Un solo que Rabin voulait refaire
Pour cette chanson, Rabin recherche un contraste sonore bien défini : une ouverture chargée de réverbération, puis un son sec. Ce passage d’un espace très résonnant à une présence plus directe relève d’un choix de fabrication, et non d’un simple habillage ajouté à la composition. Le guitariste pense aussi à la façon dont son instrument doit être entendu dans l’enregistrement.
Son solo est harmonisé à la quinte : une seconde hauteur accompagne les notes jouées à cet intervalle. Rabin souhaite pourtant recommencer sa prise. Horn décide de la conserver. Derrière un passage désormais associé au morceau, il y a donc cette divergence concrète entre le musicien qui voudrait rejouer et le producteur qui retient ce qu’il vient d’entendre.
Le parcours commercial donne une tout autre dimension à la démo autrefois refusée. En janvier 1984, Owner of a Lonely Heart reste deux semaines à la première place aux États-Unis. Le contraste est saisissant entre le jugement initial de Clive Davis et l’accueil du public américain. Il ne résume cependant pas le travail à une heureuse revanche : le récit de Rabin fait aussi apparaître des choix de son et une prise conservée contre son propre souhait.
« Cinema » conserve la trace du premier projet
Le nom abandonné par la formation n’a pas disparu du disque. Cinema est aussi le titre d’un instrumental enregistré aux AIR Studios. Il devait ouvrir une pièce plus longue, appelée Time, qui ne sera jamais enregistrée intégralement. Ce que l’album présente comme un morceau autonome était donc pensé comme le commencement d’un ensemble plus vaste.
Cet instrumental vaut à Yes un Grammy de la meilleure prestation rock instrumentale. À côté du numéro un de Owner of a Lonely Heart, cette récompense distingue une autre partie du travail accompli. L’album atteint, lui, la cinquième place aux États-Unis. 90125, également diffusé sur RADIO COLLECTION, porte finalement un titre bien moins romanesque que sa genèse : il reprend le numéro de catalogue du vinyle, 7-90125-1. Sur le disque, c’est le morceau Cinema qui garde le souvenir du groupe qu’il aurait pu être.
Sources et pour aller plus loin
Dans son entretien avec Guitar Player, Trevor Rabin raconte la naissance du riff, le refus de la démo et les décisions prises autour du solo. L’enquête de Stephen Lambe pour Prog / Louder éclaire le rôle de Trevor Horn et les séances qui ont accompagné cette nouvelle formation de Yes.
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Fiche de l'album
Album : 90125
Artiste : Yes
Anniversaire : 43 ans
Date de sortie : 7 novembre 1983
À retenir : Le projet Cinema devient Yes avec le retour de Jon Anderson.




