06 octobre 2026
Quarante ans après sa sortie, Scoundrel Days reste le disque sur lequel a-ha a choisi de ne pas reproduire simplement le succès de ses débuts. Plus sombre, plus exigeant et partiellement repris en main par le groupe, ce deuxième album raconte une formation décidée à élargir son terrain de jeu.
Après le triomphe de Hunting High and Low, a-ha aurait pu chercher à prolonger une formule déjà victorieuse. Le groupe norvégien prend une autre direction. Publié alors qu’il est engagé dans une tournée mondiale, Scoundrel Days rompt avec la pop plus pure de son prédécesseur et affirme une tonalité plus sombre. Le changement ne consiste pas seulement à trouver un nouveau décor pour la voix de Morten Harket : il passe aussi par une organisation différente du travail en studio et par une implication accrue de Pål Waaktaar-Savoy et Magne Furuholmen dans la production de plusieurs morceaux.
Après le succès, le choix de la rupture
Alan Tarney conserve une place centrale dans cette nouvelle étape. Déjà associé aux premiers grands succès d’a-ha, il produit la majeure partie de l’album. Mais le groupe ne lui confie pas l’intégralité du disque. Trois chansons, I've Been Losing You, Maybe Maybe et Soft Rains of April, sont produites par Pål Waaktaar-Savoy et Magne Furuholmen. Cette répartition distingue immédiatement Scoundrel Days de la simple reconduction d’une équipe et d’une méthode.
Avec le recul, Morten Harket a résumé la singularité du résultat par une comparaison très concrète : « Scoundrel Days is the record that most closely resembles our demos ». Pour le chanteur, aucun autre album d’a-ha ne ressemble autant aux maquettes du groupe. Il estime également que le disque demande davantage à l’auditeur. Ces deux observations se rejoignent : derrière la réussite internationale déjà acquise, a-ha laisse davantage apparaître les idées telles qu’elles ont été conçues par ses membres, sans rechercher uniquement l’efficacité immédiate.
Ce virage donne à l’album sa place particulière dans la trajectoire du trio. Scoundrel Days n’efface pas la collaboration avec Tarney, mais introduit un partage des responsabilités qui permet au groupe de défendre plus directement certaines chansons. Le disque, comme a-ha lui-même, figure dans la programmation de RADIO COLLECTION.
I've Been Losing You, une reprise en main décisive
I've Been Losing You illustre le plus clairement cette nouvelle configuration. Pål Waaktaar-Savoy en est l’unique auteur crédité, tandis que sa production est assurée par Waaktaar-Savoy et Magne Furuholmen. Le morceau échappe ainsi à la production principale d’Alan Tarney et place deux membres du groupe aux commandes d’un titre appelé à s’installer durablement dans le répertoire d’a-ha.
Ce choix prend d’autant plus de relief que la chanson n’est pas un cas totalement isolé. Avec Maybe Maybe et Soft Rains of April, elle forme un ensemble de trois morceaux sur lesquels Waaktaar-Savoy et Furuholmen assument directement la production. Plutôt qu’une rupture complète avec Tarney, Scoundrel Days met donc en place deux cadres de travail au sein du même album. La tension créative du projet se lit dans cette coexistence entre un producteur lié aux succès initiaux et des musiciens désireux de porter eux-mêmes une partie de leurs compositions jusqu’à leur forme enregistrée.
Le montage minutieux de Manhattan Skyline
Une autre chanson révèle la manière dont les idées circulent entre les membres du groupe. Manhattan Skyline résulte d’un travail de montage entre des propositions de Pål Waaktaar-Savoy et de Magne Furuholmen. Cette construction élaborée en fait un exemple de la méthode plus expérimentale associée à cette période : au lieu de suivre une idée unique depuis son point de départ, les deux musiciens assemblent leurs apports pour bâtir le morceau.
Manhattan Skyline rejoint I've Been Losing You et Cry Wolf parmi les titres de l’album restés durablement présents dans le répertoire d’a-ha. Leur permanence évite de réduire Scoundrel Days au rôle ingrat de successeur d’un premier album mondialement exposé. Le groupe y dispose déjà de chansons capables de prolonger leur histoire bien au-delà de la campagne de sortie initiale.
Le public accompagne ce déplacement artistique. Au Royaume-Uni, Scoundrel Days atteint la deuxième place du classement des albums et y demeure pendant 28 semaines. Le site officiel d’a-ha fait par ailleurs état de plus de cinq millions d’exemplaires vendus dans le monde. Le choix d’un disque présenté comme plus exigeant n’empêche donc pas une diffusion internationale considérable.
Quarante ans plus tard, la déclaration de Morten Harket offre toujours la clé la plus précise pour revenir à cet album : Scoundrel Days est celui qui conserve le mieux l’empreinte des démos d’a-ha. Entre la production majoritairement confiée à Alan Tarney, les trois morceaux pilotés par Waaktaar-Savoy et Furuholmen et le patient assemblage de Manhattan Skyline, cette proximité se traduit par des décisions concrètes. Le groupe ne s’est pas contenté de livrer un deuxième album après un immense succès : il a redistribué les rôles pour mieux faire entendre ses propres constructions.
Sources et pour aller plus loin
La page officielle de Scoundrel Days publiée par a-ha rassemble les principaux éléments sur la production partagée du disque, son contexte et le regard rétrospectif de Morten Harket. Les résultats britanniques peuvent être consultés auprès de l’Official Charts, qui retrace les 28 semaines de présence de l’album dans le classement.
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