20 octobre 2026
Al Greenwood fête aujourd’hui ses 75 ans. Avant de devenir le claviériste fondateur de Foreigner, le musicien new-yorkais a pourtant envisagé de quitter le projet, jusqu’à ce que Mick Jones lui joue une première version de « Feels Like the First Time ».
Deux semaines de répétitions, beaucoup de jam et toujours aucune chanson véritablement structurée. Au début de 1976, Al Greenwood commence sérieusement à douter du groupe auquel il vient de se joindre. Le claviériste ne connaît pas Mick Jones lorsque celui-ci l’appelle en février pour lui parler d’un nouveau projet. Il accepte néanmoins de participer aux premières séances, sans savoir qu’elles conduiront à la naissance de Foreigner.
Le noyau initial réunit alors Jones, Greenwood, Stan Williams et Jay Davis. Mais l’absence de morceaux aboutis finit par peser. Greenwood racontera plus tard qu’il se demandait si ce projet était vraiment fait pour lui. Son hésitation n’a rien d’un désaccord spectaculaire : elle naît simplement de répétitions qui s’étirent sans donner au musicien une vision claire de ce que le groupe pourrait devenir.
La chanson qui change tout
Le basculement intervient lorsque Mick Jones lui fait entendre une première version de « Feels Like the First Time ». Greenwood comprend alors que le projet possède enfin une direction concrète. Sa réaction, rapportée des années plus tard, tient en une idée simple : cette fois, ils ont quelque chose. Il décide de rester.
Cette chanson ne se contente donc pas de devenir l’un des premiers titres importants de Foreigner. Dans le récit de Greenwood, elle représente le moment précis où une succession de jams se transforme en aventure collective crédible. Dennis Elliott et Ed Gagliardi rejoignent ensuite la formation destinée à enregistrer le premier album, tandis que Lou Gramm s’impose au chant.
Une bande issue des auditions prend également une importance décisive. Le manager du groupe l’utilise comme démo auprès des maisons de disques. Atlantic Records s’intéresse finalement à Foreigner et lui propose un contrat. En quelques mois, Greenwood passe ainsi d’un projet qu’il songeait à abandonner à la préparation d’un premier disque dans un grand studio new-yorkais.
Un claviériste formé à l’écriture et au studio
Al Greenwood n’arrive pas dans Foreigner comme un débutant. Élevé à New York au sein d’une famille où plusieurs proches jouent du piano, de l’accordéon ou du saxophone, il apprend lui-même le piano et pratique la trompette dans l’orchestre de jazz de son établissement scolaire. Après le lycée, il étudie la composition et l’arrangement au Queens College ainsi qu’au Brooklyn Conservatory of Music.
Cette formation se prolonge par une expérience professionnelle très concrète. Greenwood travaille comme musicien de studio et ingénieur du son dans un studio de Manhattan. Lorsqu’il rejoint Mick Jones, il possède donc déjà une connaissance de l’écriture, des arrangements et de l’enregistrement. Elle permet de mieux comprendre sa place dans les premières années de Foreigner, sans réduire son rôle à la seule présence des claviers.
À la fin de 1976, le groupe enregistre son premier album aux Atlantic Studios de New York. Paru au début de mars 1977, Foreigner obtient rapidement un disque d’or. Greenwood participe ensuite à Double Vision, en 1978, puis à Head Games, en 1979. Il intervient sur ces trois albums comme claviériste et compositeur, durant une période où Foreigner installe son identité discographique. Le groupe et ces premiers disques figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Son équipement témoigne aussi des couleurs disponibles à cette époque. Dans un entretien publié en 1979, Greenwood cite notamment un orgue Hammond L-100, un synthétiseur EML 101 et un Orchestron. Ces instruments accompagnent une phase où les claviers occupent une place identifiable dans les arrangements du groupe, aux côtés des guitares de Mick Jones et de la voix de Lou Gramm.
Trois albums, puis un départ
La première période de Greenwood au sein de Foreigner s’étend de 1976 à 1980. Son départ, comme celui d’Ian McDonald, précède la préparation du quatrième album. Le groupe travaille alors avec le producteur Mutt Lange et commence ses enregistrements à Electric Lady Studios. Greenwood ne participe donc pas à cette nouvelle étape, qui conduira notamment à « Waiting for a Girl Like You ».
Cette frontière permet de situer précisément son apport : celui du noyau fondateur et des trois premiers albums, depuis les répétitions encore incertaines jusqu’à l’installation rapide de Foreigner. Elle rappelle aussi combien son histoire dans le groupe aurait pu être plus courte. Sans « Feels Like the First Time », Greenwood aurait pu s’arrêter après quelques séances sans chansons structurées.
Retrouvailles au Rock and Roll Hall of Fame
En 2024, Al Greenwood retrouve plusieurs membres historiques de Foreigner à l’occasion de l’entrée du groupe au Rock and Roll Hall of Fame. Il apparaît notamment avec Lou Gramm et Rick Wills lors de la cérémonie. Cette réunion ponctuelle ne constitue pas l’annonce d’une reformation durable, mais elle remet publiquement en présence des musiciens associés aux différentes étapes de l’histoire du groupe.
Greenwood y exprime sa gratitude envers le public et adresse, avec les autres membres présents, un message à Mick Jones. À 75 ans, le claviériste reste ainsi lié à cette histoire commencée par un appel inattendu, poursuivie malgré ses doutes et scellée par une chanson entendue au bon moment.
Sources et pour aller plus loin
L’entretien publié par Ultimate Classic Rock restitue le témoignage direct d’Al Greenwood sur l’appel de Mick Jones, les premières répétitions, son hésitation et le rôle déterminant de « Feels Like the First Time ». La biographie officielle d’Al Greenwood apporte des précisions sur sa formation, son travail en studio et les débuts discographiques de Foreigner.
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