Colin Hodgkinson à 81 ans, quand les refus ont poussé Back Door à s’autoproduire


14 octobre 2026

Colin Hodgkinson fête ses 81 ans ce 14 octobre. Avec Back Door, le bassiste britannique a transformé les refus des maisons de disques en décision fondatrice, publiant lui-même un premier album où son instrument occupait une place rarement accordée à la basse.

Une basse, un saxophone et une batterie : lorsque Back Door se forme en 1971, le trio ne repose pas sur l’architecture habituelle d’un groupe de rock. En l’absence de guitare et de clavier, Colin Hodgkinson ne se contente pas de soutenir le rythme. Sa basse porte aussi la mélodie et l’harmonie, jusqu’à devenir l’instrument principal de cette formation atypique.

Cette position centrale n’est pas née d’un plan de carrière soigneusement construit. Hodgkinson avait commencé la guitare à 10 ans avant de passer à la basse vers 14 ans. Il jouait déjà dans les Dynatones, son premier groupe, entre 1959 et 1964, puis devint professionnel en 1966. « Je jouais déjà en concert dans des groupes depuis l’âge de quatorze ans », a-t-il expliqué à propos de cette période, dans une traduction de son témoignage en anglais.

À Redcar, une rencontre donne sa forme à Back Door

Le point de départ décisif se situe à Redcar en 1968. Colin Hodgkinson y rencontre le saxophoniste Ron Aspery. Leur association conduit quelques années plus tard à la création de Back Door avec le batteur Tony Hicks. Cette instrumentation dépouillée offre au bassiste un espace considérable : il peut tenir plusieurs fonctions à la fois et développer un jeu comprenant notamment des accords, une approche plus couramment associée à la guitare électrique.

Entre cette rencontre et la formation du trio, Hodgkinson franchit un autre seuil professionnel. En 1969, il rejoint Alexis Korner, passant ainsi de la scène locale à un environnement important du blues et du rock britanniques. Cette collaboration précède l’aventure qui restera la plus directement liée à son identité musicale : celle d’un groupe où la basse ne demeure jamais à l’arrière-plan.

Colin Hodgkinson et Back Door figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Leur singularité tient moins à un effet de démonstration qu’à la construction même du trio : sans instrument harmonique traditionnel, la basse doit assurer une partie de l’espace laissé vacant tout en conservant son rôle rythmique.

Un refus transformé en premier album

Le premier album éponyme de Back Door paraît en 1972. Entièrement instrumental, il met directement en valeur le dialogue entre le saxophone de Ron Aspery, la batterie de Tony Hicks et la basse de Hodgkinson. Mais avant sa publication, le groupe essuie les refus des maisons de disques. Plutôt que d’abandonner le projet, les trois musiciens choisissent de produire eux-mêmes le disque et de le faire paraître sur leur propre structure.

Cette décision donne une portée concrète à l’indépendance de Back Door. Le groupe ne modifie pas sa formule pour entrer dans un cadre plus conventionnel : il publie l’album tel qu’il l’a conçu, avec une basse exposée au premier plan et sans chant. Après cette sortie, le trio tourne aux États-Unis et en Europe. L’accueil critique ne se traduit toutefois pas par des ventes à la même hauteur.

Back Door poursuit néanmoins son parcours et travaille notamment en tournée avec Emerson, Lake & Palmer. Carl Palmer produit ensuite Activate, paru en 1976. Le groupe change ainsi d’échelle sans renoncer à son agencement initial, celui qui avait permis à Hodgkinson de faire entendre la basse comme une voix mélodique complète.

De Jan Hammer à la parenthèse Whitesnake

Après Back Door, Colin Hodgkinson rejoint Jan Hammer à New York en 1978. Pendant environ quatre ans, il enregistre et tourne avec le musicien, prolongeant son parcours dans le jazz-rock sur une scène internationale. Cette étape confirme la capacité de son jeu à s’intégrer dans des contextes différents sans être réduit à un simple accompagnement.

Le contraste devient plus net encore lorsqu’il travaille avec Whitesnake en 1982 et 1983. Hodgkinson participe à la période d’enregistrement et à la version britannique de Slide It In. Son passage reste bref au regard de l’ensemble de sa carrière : il quitte le groupe lors du remaniement de 1984. Whitesnake constitue donc une étape marquante, mais Back Door demeure le projet dans lequel sa conception de la basse s’est exprimée le plus directement.

La même année, il rejoint le Spencer Davis Group, avec lequel il reste actif pendant plus de vingt-cinq ans. Son parcours comprend également des collaborations avec Cozy Powell, Jon Lord, Mick Jagger, Paul Butterfield, Pete York et Chris Rea. Cette liste éclaire l’étendue de ses activités de musicien de session, mais le fil conducteur reste posé dès Back Door : traiter la basse comme un instrument capable d’occuper simultanément le rythme, la mélodie et l’harmonie.

À 81 ans, Colin Hodgkinson reste ainsi associé à une décision prise au début des années 1970. Face aux refus, Back Door n’avait ni attendu une nouvelle proposition ni abandonné son trio sans guitare : le groupe avait publié lui-même un album instrumental construit autour de cette basse devenue voix principale.

Sources et pour aller plus loin

Le portrait-interview de Bass Magazine détaille le parcours instrumental de Colin Hodgkinson, des Dynatones à Back Door puis Whitesnake, ainsi que la place particulière des accords dans son jeu. L’article de Jazz Journal consacré à Back Door apporte le témoignage direct du bassiste sur ses débuts en concert, sa rencontre avec Ron Aspery et la naissance du trio.

À lire aussi : retrouvez notre sélection consacrée aux anniversaires d’artistes Pop Rock.