29 septembre 2026
Urban Hymns fête aujourd’hui ses 29 ans. Avant de devenir le plus grand succès britannique de The Verve, le troisième album du groupe a dû survivre à des séances abandonnées, à un nouveau départ en studio et au retour décisif du guitariste Nick McCabe.
À la fin de 1996, The Verve commence à travailler avec John Leckie. Mais le chantier tourne court : Richard Ashcroft estime que les morceaux ne sonnent plus comme The Verve et les premières séances sont abandonnées. Ce constat place le projet dans une situation paradoxale. Le groupe prépare bien un nouvel album, mais ce qu’il vient d’enregistrer semble avoir perdu précisément ce qui devait justifier ses retrouvailles.
Le redémarrage s’organise aux studios Olympic avec Youth et Chris Potter. Il ne s’agit pas simplement de changer de producteurs : l’album doit être repris sur de nouvelles bases. Youth décrira d’ailleurs ses débuts comme un projet proche d’un disque solo de Richard Ashcroft. Pour que Urban Hymns redevienne pleinement un album de The Verve, une pièce essentielle manque encore.
Le rappel qui rend The Verve à ses chansons
Cette pièce, c’est Nick McCabe. Le guitariste est rappelé alors que l’enregistrement est déjà en cours, Ashcroft ayant conclu que The Verve ne pouvait pas fonctionner sans lui. McCabe intervient donc sur des chansons déjà travaillées et y ajoute ses parties de guitare. Le geste dépasse le simple renfort instrumental : il ramène dans le studio l’un des membres dont l’absence avait contribué à éloigner le projet de l’identité du groupe.
Richard Ashcroft résumera ce besoin de retrouver The Verve dans une formule directe : « I got to the point where nothing other than The Verve would do for me. » Autrement dit, il était arrivé à un point où rien d’autre que The Verve ne pouvait lui convenir. Après l’abandon des premières séances, cette conviction donne au disque sa direction : repartir, rappeler McCabe et transformer un projet presque solo en véritable album de groupe.
Cette genèse mouvementée donne à Urban Hymns une place particulière dans le parcours de The Verve. L’album ne naît pas d’un plan suivi sans accroc, mais d’une série de corrections majeures : renoncer à un premier travail, déplacer les séances, changer l’équipe de production et réintégrer un guitariste en cours de route. The Verve et ce disque figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Bitter Sweet Symphony, de la boucle aux cordes
La fabrication de Bitter Sweet Symphony concentre à elle seule plusieurs tensions de l’album. Richard Ashcroft écrit le morceau à partir d’une boucle tirée de la version orchestrale de The Last Time par l’Andrew Loog Oldham Orchestra. Selon Youth, Ashcroft ne voulait d’abord pas que la chanson soit retravaillée en son absence. Le producteur la coproduit finalement avec Chris Potter, avant que Will Malone ne réalise l’arrangement de cordes devenu indissociable du titre.
Cette transformation ne met pourtant pas fin à l’histoire du morceau. La demande de droits liée à l’œuvre des Rolling Stones entraîne l’attribution des crédits d’écriture à Mick Jagger et Keith Richards. Les revenus d’édition de la chanson sont alors affectés par cette bataille juridique. Ainsi, le titre le plus immédiatement associé à Urban Hymns porte en lui un double récit : celui d’une construction collective en studio et celui d’un conflit sur la propriété de sa matière d’origine.
Un autre collaborateur intervient ensuite sur sa trajectoire : James Lavelle signe le remix classique de Bitter Sweet Symphony. Autour d’une boucle initiale se succèdent ainsi l’écriture d’Ashcroft, la coproduction de Youth et Chris Potter, l’arrangement de Will Malone puis le travail de Lavelle. Cette chaîne de contributions illustre la manière dont le projet, d’abord recentré autour d’Ashcroft, s’est progressivement ouvert à plusieurs interventions déterminantes.
Un numéro un dans une semaine bouleversée
The Drugs Don’t Work précède l’album dans des circonstances historiques particulièrement lourdes. Le single paraît le 1er septembre 1997, au lendemain de la mort de la princesse Diana, puis atteint la première place du classement britannique. Sans réduire sa réussite à ce contexte, cette proximité inscrit la chanson dans une semaine singulière de la vie publique britannique.
Lorsque Urban Hymns paraît au Royaume-Uni le 29 septembre 1997, les hésitations des premiers mois ont laissé place à un résultat spectaculaire. L’album prend la tête du classement britannique et y demeure pendant douze semaines. Sa présence ne se limite pas à ce sommet : il passe au total 162 semaines dans le Top 100.
Vingt-neuf ans plus tard, ces chiffres donnent la mesure du chemin parcouru depuis les séances interrompues avec John Leckie. Le point de bascule reste toutefois une décision humaine très concrète : Ashcroft refuse de poursuivre avec des chansons qui, à ses oreilles, ne sont plus celles de The Verve, puis rappelle Nick McCabe. C’est autour de ce retour que le projet retrouve son nom, son groupe et la forme sous laquelle il atteindra douze semaines au sommet.
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