Il y a trois ans, Pacifica enregistrait Freak Scene avant même de devenir un groupe de scène


29 septembre 2026

Le premier album de Pacifica fête aujourd’hui ses trois ans. Avec Freak Scene, Inés Adam et Martina Nintzel sont passées des reprises publiées sur YouTube à onze compositions originales, dont une chanson écartée puis sauvée par leur producteur.

Quand Pacifica commence à préparer Freak Scene, le duo argentin n’est pas encore véritablement un groupe de scène. Inés Adam et Martina Nintzel se sont d’abord fait connaître en publiant des reprises sur YouTube. Elles prennent ensuite une décision aussi simple qu’exigeante : se donner un an pour écrire et produire leur propre disque. L’enjeu n’est plus d’interpréter les chansons des autres, mais de construire en quelques mois un répertoire original et une identité commune.

Cette inversion du parcours habituel donne au premier album de Pacifica une histoire singulière. Les deux musiciennes écrivent et enregistrent avant d’avoir éprouvé leurs morceaux en concert. La scène arrivera plus tard et changera leur manière de percevoir ces chansons déjà fixées en studio. Trois ans après sa sortie le 29 septembre 2023, Freak Scene reste ainsi le témoignage d’un duo qui a dû imaginer son disque avant de découvrir pleinement le groupe qu’il pouvait devenir devant un public.

Un album préparé dans l’appartement d’Inés

Le travail d’écriture se déroule dans l’appartement d’Inés Adam, avec une guitare, une basse et un ordinateur. Ce dispositif réduit suffit à poser les bases des onze titres. Pour le son, Pacifica revendique une direction précise : un rock garage influencé par les années 1990, volontairement peu surproduit. Le projet ne consiste donc pas à multiplier les couches, mais à préserver une approche directe au moment de passer des maquettes au studio.

L’enregistrement a lieu à l’Estudio NAT, à Buenos Aires. Nicolás De Sanctis, membre d’Indios, produit l’album et joue également de la guitare. Fede Pellegrini tient la batterie, tandis que Javier Kalwill assure la prise de son. Autour d’Inés Adam et Martina Nintzel, cette équipe transforme le travail réalisé en appartement en un disque d’environ trente minutes, sans abandonner la sobriété recherchée par le duo.

Cette méthode correspond à une phase de transition particulièrement rapide. Pacifica ne dispose pas encore de l’expérience scénique qui aurait pu guider ou modifier les arrangements en amont. Le disque devient le point de départ du groupe plutôt que l’aboutissement d’années de concerts. Il précède la confrontation avec le public et fournit le répertoire grâce auquel les deux musiciennes vont apprendre à se voir autrement.

Misled, la chanson retrouvée dans les anciennes maquettes

L’une des histoires les plus révélatrices de Freak Scene concerne un morceau qui avait presque disparu du projet. Misled avait été écarté lorsque Nicolás De Sanctis le retrouve dans un dossier contenant d’anciennes maquettes. Le producteur insiste alors pour que Pacifica l’enregistre. Son intervention ne se limite donc pas à encadrer les séances : elle remet directement une composition abandonnée dans la trajectoire de l’album.

La chanson conserve jusque dans son enregistrement la spontanéité voulue pour le disque. Sa version finale aurait été captée d’un seul trait, voix comprise, avec le même microphone. L’épisode résume une part essentielle de la fabrication de Freak Scene : une ancienne idée peut reprendre sa place sans être transformée en démonstration de studio. Un morceau sorti des archives personnelles du duo devient finalement l’un des récits centraux de ce premier album.

Anita suit un chemin très différent. La chanson naît d’une boucle de batterie, d’un mème consacré à Weezer et d’une rime. Pacifica raconte à travers elle l’histoire d’une fille lassée des garçons de la scène indie. Inés Adam et Martina Nintzel souhaitaient aussi que toute personne prénommée Anita puisse se reconnaître dans le morceau et se l’approprier. Derrière le point de départ ludique se trouve donc un personnage pensé pour dépasser l’anecdote initiale.

Un titre emprunté à la dernière chanson

Le nom de l’album vient de Silent Affection, son morceau de clôture. Pacifica a puisé Freak Scene dans un vers de cette chanson, reliant ainsi le titre général du disque à sa dernière étape. Ce choix donne à la formule une place particulière : elle n’est pas ajoutée de l’extérieur pour résumer le projet, mais extraite du répertoire que le duo vient d’écrire.

Avec ses onze chansons, l’album rassemble les différentes facettes de cette première année consacrée aux compositions originales : une idée née d’un mème, une maquette oubliée qu’un producteur refuse de laisser de côté, et un titre d’album caché dans le morceau final. Ce sont moins des étapes d’un plan établi que les traces concrètes de la transformation de Pacifica. Le duo et Freak Scene figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.

Des chansons conçues avant leur rencontre avec le public

Une fois l’album terminé, les concerts apportent une nouvelle lecture du travail accompli. Inés Adam et Martina Nintzel découvrent leurs propres morceaux dans les conditions pour lesquelles elles ne les avaient pas encore véritablement testés. Le passage sur scène modifie alors leur perception des chansons, comme si le groupe achevait de se former après son premier disque plutôt qu’avant lui.

La suite mesure la vitesse de cette évolution. Après avoir présenté Freak Scene à Buenos Aires, Pacifica ouvre pour Måneskin devant environ 16 000 personnes. Le contraste est saisissant avec le point de départ du projet : deux musiciennes écrivant dans un appartement avec quelques instruments et un ordinateur se retrouvent à défendre ces compositions devant une foule considérable. Pour un album enregistré avant que Pacifica ne devienne réellement un groupe de scène, cette rencontre avec le public constitue une conclusion très concrète.

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