Covers de Placebo fête ses 23 ans : le disque bonus qui a changé le destin de Running Up That Hill


22 septembre 2026

Placebo célèbre aujourd’hui les 23 ans de Covers, compilation née en marge de Sleeping with Ghosts. Pensé comme une respiration face à la pression de l’écriture, ce rassemblement de reprises a donné au groupe un espace de liberté, de Daddy Cool à la trajectoire inattendue de Running Up That Hill.

Avant de devenir un disque autonome, Covers occupait une place bien particulière dans la discographie de Placebo. Le 22 septembre 2003, ses dix titres accompagnaient l’édition spéciale de Sleeping with Ghosts sous la forme d’un disque bonus. Ce statut racontait déjà sa véritable nature : non pas un album studio conçu au cours d’une seule séquence de travail, mais le rassemblement de morceaux enregistrés pour des faces B, des projets de films ou des compilations-hommages.

Cette origine disparate n’empêchait pas l’ensemble de révéler une logique dans la manière de travailler du groupe. Brian Molko a expliqué que les reprises permettaient à Placebo de rester actif en studio tout en s’accordant une pause face à la pression psychologique imposée par ses propres compositions. Le groupe pouvait continuer à enregistrer sans devoir bâtir chaque chanson depuis sa première idée.

Une respiration au milieu de ses propres chansons

Le programme de Covers traverse des répertoires très différents. Kate Bush y côtoie les Pixies, les Smiths, Robert Palmer, T. Rex, Serge Gainsbourg, Big Star, Depeche Mode, Boney M. et Sinéad O’Connor. Cette sélection ne résulte donc pas d’une session organisée pour fabriquer un nouvel album : elle assemble plusieurs détours effectués par Placebo au fil de projets distincts.

Dans cette démarche, Dimitri Tikovoi joue un rôle important. Associé à plusieurs reprises et faces B de cette période, il travaille notamment sur Running Up That Hill et Daddy Cool. Cette collaboration ne s’arrêtera pas à ces morceaux, puisqu’il deviendra ensuite le producteur de Meds.

Covers conserve ainsi la trace d’un groupe qui cherche momentanément ailleurs la matière de ses séances. Placebo ne renonce pas au studio : il en déplace simplement l’enjeu. Au lieu de supporter chaque fois le poids d’une nouvelle composition, ses membres s’emparent de chansons déjà existantes et poursuivent leur travail d’interprétation. Le disque figure également dans la programmation de RADIO COLLECTION.

Daddy Cool, le plaisir de déjouer les attentes

Parmi ces choix, Daddy Cool constitue la rupture la plus manifeste avec les attentes associées à Placebo. Reprendre le morceau de Boney M. permettait au groupe de sortir franchement du cadre que son public pouvait lui assigner. Brian Molko a lui-même désigné cette reprise comme celle qui lui avait procuré le plus de plaisir : « The one that brought me the most pleasure was “Daddy Cool”. »

Cette déclaration donne une place singulière au titre dans l’histoire de la compilation. Le plaisir évoqué par Molko tient précisément à son caractère inattendu pour Placebo et pour son public. Daddy Cool résume donc l’utilité de ces séances parallèles : maintenir l’élan du groupe tout en s’autorisant un choix qu’un album traditionnel de Placebo n’aurait pas nécessairement accueilli de la même manière.

La reprise appartient à cette période de faces B et d’expérimentations rassemblées après coup. Sa présence sur Covers ne sert pas seulement à compléter une collection : elle illustre concrètement la liberté recherchée par le groupe lorsqu’il se détournait provisoirement de ses propres chansons.

Running Up That Hill sort de l’ombre

Running Up That Hill suit une trajectoire différente. La reprise de Kate Bush faisait partie des éléments inédits proposés dans cette configuration de Covers. D’abord placée sur un disque bonus lié à Sleeping with Ghosts, elle gagne ensuite une visibilité bien supérieure grâce à son utilisation dans la série The O.C..

Cette exposition transforme le parcours du morceau. En 2006, la version de Placebo atteint la 44e place du classement britannique des singles. Elle contribue également à la remise en circulation de Covers comme publication autonome, d’abord sous forme numérique, avant une réédition physique ultérieure.

Le morceau révèle ainsi le paradoxe de cette compilation. Conçue à partir d’enregistrements périphériques et initialement jointe à un autre album, elle abritait une reprise capable de connaître sa propre histoire plusieurs années plus tard. Le titre de Kate Bush n’avait pas été créé pour porter un nouvel album de Placebo ; sa diffusion télévisée lui a pourtant donné un rôle décisif dans la seconde vie de Covers.

Vingt-trois ans après sa première publication, le disque reste lié à ces deux mouvements complémentaires : la liberté assumée de Daddy Cool et le destin tardif de Running Up That Hill. L’une représentait, pour Brian Molko, le plaisir de briser les attentes ; l’autre a fait revenir sur le devant de la scène une compilation initialement glissée en bonus de Sleeping with Ghosts.

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