Moby, 61 ans, du fracas des Vatican Commandos au déclic électronique de « Go »


11 septembre 2026

Moby fête ses 61 ans ce 11 septembre 2026. Bien avant « Play » et ses mélodies downtempo, Richard Melville Hall a forgé son parcours entre une enfance précaire, le punk hardcore du Connecticut et les clubs new-yorkais, jusqu’au sample de « Twin Peaks » qui a changé sa trajectoire.

À 17 ans, Moby ne se tient pas encore derrière des platines. Il joue de la guitare dans Vatican Commandos, un groupe hardcore punk straight-edge du Connecticut. La formation publie notamment l’EP « Hit Squad for God » et se produit dans des lieux alternatifs comme le Pogo’s de Bridgeport. Lui résume cette période d’une phrase directe : « When I was 17, I played guitar in a hardcore punk band called the Vatican Commandos. »

Cette adolescence tranche avec le décor de Darien, banlieue aisée du Connecticut où Richard Melville Hall a grandi après être né à Harlem, le 11 septembre 1965. Son père, chimiste, meurt dans un accident de la route alors qu’il n’a que deux ans. Élevé par sa mère seule, au fil de déménagements fréquents, il évoquera une enfance marquée par la pauvreté et les aides sociales jusqu’à ses 18 ans.

Dans le lycée de Darien, au temps de la « preppie mania » des années 1980, ses boucles d’oreilles et ses jupes accentuent encore le contraste. Le punk lui donne un espace et un langage. Revenant plus tard sur cette marginalité, il dira que la musique lui avait offert une cause et rendu ce sentiment d’exclusion presque romantique.

Avant les machines, le piano, la guitare et le hardcore

La musique est pourtant entrée dans sa vie bien avant Vatican Commandos. Vers neuf ans, il apprend le piano et la guitare, puis aborde la guitare classique, le jazz, la théorie musicale et les percussions. Cette formation d’instrumentiste précède son immersion dans les groupes punk et éclaire la pratique hybride qu’il conservera ensuite : compositeur, producteur, DJ et multi-instrumentiste.

Son passage par la scène alternative ne se limite pas à Vatican Commandos. Il effectue également une brève tournée avec Flipper, en remplaçant le chanteur du groupe pendant l’incarcération de celui-ci. L’épisode appartient à une période où le jeune musicien s’inscrit pleinement dans le réseau punk, avant que les clubs et la production électronique ne déplacent son centre de gravité.

Le nom Moby vient lui aussi de l’enfance. Ses parents le lui donnent en pensant à un lien familial avec Herman Melville, l’auteur de « Moby-Dick ». Cette parenté sera ensuite remise en question, mais le surnom demeure et finit par devenir son identité artistique, plus immédiatement reconnaissable que son nom complet, Richard Melville Hall.

New York, les alias et le travail à domicile

Après un bref passage à l’université, Moby quitte ses études et s’installe à New York. Il travaille comme DJ dans les clubs tout en produisant ses propres morceaux chez lui. Au cours des années 1980 et au début des années 1990, il utilise plusieurs alias, parmi lesquels Voodoo Child, Brainstorm et Barracuda, avant d’imposer définitivement le nom reçu dans son enfance.

Le changement de scène n’efface pas son passé punk. Il en déplace l’énergie vers la house et la techno, en y mêlant aussi des éléments issus du hip-hop. À la guitare et aux répétitions de groupe succèdent le home-studio, le DJing et la construction de morceaux destinés aux pistes de danse. Au tournant des années 1990, Moby délaisse progressivement le hardcore pour entrer dans la culture rave.

Cette transition ne l’enferme pas dans un seul registre. Sa formation et ses expériences lui permettent par la suite de circuler entre ambient, rock, downtempo et pop. Mais c’est un morceau fondé sur une rencontre entre télévision et musique de club qui transforme sa place dans le paysage électronique.

« Go », le thème de Laura Palmer propulsé dans les raves

Sorti en 1991 dans le sillage du single « Mobility », « Go » associe une base house à un sample de « Laura Palmer’s Theme », composé par Angelo Badalamenti pour la série « Twin Peaks ». La mélodie familière change de cadre : elle quitte l’atmosphère télévisuelle pour rejoindre la pulsation des clubs. Le morceau devient le premier véritable succès international de Moby.

« Go » atteint le Top 10 britannique, s’impose dans les raves et lui ouvre les portes de la scène électronique internationale. Le titre résume alors une méthode fondée sur la réappropriation de motifs connus, replacés dans une architecture dance. Il reste suffisamment central dans son répertoire pour que Moby continue à le jouer régulièrement dans ses sets.

Huit ans plus tard, « Play » donne une nouvelle ampleur à cette manière de relier mémoire sonore et production électronique. Paru en 1999, l’album mêle notamment des samples de vieux enregistrements gospel et blues à des arrangements électroniques et downtempo. « Porcelain », « Natural Blues » et « Why Does My Heart Feel So Bad? » participent à son omniprésence médiatique et commerciale à la fin des années 1990.

De « Play » à un présent toujours en mouvement

La trajectoire de Moby ne se réduit pas au passage de l’underground au grand public. Elle conserve la diversité de ses premières années, entre écriture, production, instruments et DJing. Son engagement pour le véganisme et les droits des animaux ajoute une dimension militante à une vie publique déjà façonnée, dès l’adolescence, par la recherche d’une position en marge.

Avec « Always Centered at Night », sorti en 2024, Moby a poursuivi son travail discographique tout en tenant un discours critique sur la célébrité et la pression de l’industrie musicale. Il a également entrepris une tournée consacrée à « Play », plus de vingt ans après la parution de l’album. Sur scène, le chemin parcouru se mesure alors à des titres précis : « Porcelain », « Natural Blues » et « Why Does My Heart Feel So Bad? », rejoués par l’ancien guitariste des Vatican Commandos devenu producteur électronique.