Bryan Ferry : Mamouna est né du projet inachevé Horoscope


05 septembre 2026

Le 5 septembre 1994, Bryan Ferry publiait Mamouna, qui fête aujourd’hui ses 32 ans. Derrière ces dix chansons se cache un chantier commencé six ans plus tôt sous le nom d’Horoscope, interrompu par l’album de reprises Taxi, puis profondément remanié. Ce long parcours conduira également Ferry à retrouver Brian Eno et à réunir dans plusieurs studios londoniens une imposante équipe de musiciens.

 

Lorsque Mamouna paraît, Bryan Ferry ne livre pas simplement la suite d’un album précédent. Il achève un projet dont les premières séances remontent à la fin de sa tournée mondiale de 1988-1989. Durant ces années de travail, le disque change de nom, se voit mis de côté, puis revient sur la table avec des chansons réenregistrées, des bandes remixées et de nouvelles compositions.

Horoscope, le premier visage de l’album

À l’issue de cette tournée, Ferry se remet à écrire des chansons originales. Le projet porte alors un titre de travail : Horoscope. L’enregistrement s’installe dans la durée et évolue au fil de sessions réparties entre plusieurs studios londoniens. Une notice discographique résumera plus tard cette gestation en une phrase : « Il a passé six ans à l’écrire et l’enregistrer, sous le titre de travail Horoscope. »

Ce premier album est suffisamment avancé pour posséder sa propre liste de chansons. Plusieurs titres appelés à figurer sur Mamouna y sont déjà présents, notamment « The Only Face », « Gemini Moon » ainsi que « Desdemona », qui deviendra « N.Y.C. ». La filiation entre les deux disques ne repose donc pas seulement sur quelques bandes éparses : une partie de l’architecture du futur album existe dès la période Horoscope.

Le chantier est pourtant interrompu au début des années 1990. Bryan Ferry choisit alors de se consacrer à Taxi, un album de reprises publié en 1993. Cette bifurcation repousse encore la sortie de nouvelles compositions originales. Entre Bête Noire, paru en 1987, et Mamouna, sept années s’écoulent ainsi sans nouvel album constitué de matériel original.

En 1994, les anciennes bandes changent de destination

Après Taxi, Ferry revient au projet laissé en suspens. Il ne se contente pas de reprendre Horoscope en l’état : les bandes sont remixées, certaines parties réenregistrées et de nouveaux morceaux écrits. Ce travail de transformation aboutit en 1994 à un album de dix chansons désormais intitulé Mamouna.

« The Only Face » et « Gemini Moon » matérialisent cette continuité. « Desdemona », devenu « N.Y.C. », montre également que le passage d’un projet à l’autre peut modifier jusqu’à l’identité d’une chanson. Mamouna apparaît ainsi comme le résultat d’un tri et d’une reconstruction : l’album conserve plusieurs éléments de son premier état tout en les intégrant à un ensemble retravaillé.

Horoscope, lui, demeure inédit pendant des décennies. Cette longue absence éclaire rétrospectivement la place particulière de Mamouna dans la discographie de Bryan Ferry : son neuvième album solo est aussi la version publiée d’un chantier antérieur qui avait déjà atteint un stade avancé.

Une équipe mouvante dans les studios londoniens

La durée des séances permet à un grand nombre de musiciens de participer au disque. Aux guitares se succèdent Nile Rodgers, Robin Trower et Phil Manzanera. Les parties de basse mobilisent Nathan East, Guy Pratt et Pino Palladino, tandis que Steve Ferrone et Andy Newmark interviennent à la batterie.

Le saxophoniste Maceo Parker rejoint également les sessions. Carleen Anderson et Ronnie Spector figurent parmi les voix additionnelles. Plus qu’une formation fixe réunie pour quelques jours, Mamouna se construit donc autour d’un ensemble de collaborateurs convoqués au cours d’un processus étalé sur plusieurs années.

La présence de Phil Manzanera rattache déjà le projet à l’histoire de Roxy Music. Une autre collaboration donne toutefois à ces retrouvailles une portée particulière : celle de Bryan Ferry avec Brian Eno.

« Wildcat Days » réunit Bryan Ferry et Brian Eno

Sur Mamouna, Brian Eno est crédité pour des traitements sonores. Son intervention ne se limite pas à ce travail de studio : il partage également l’écriture de « Wildcat Days » avec Ferry. La chanson marque leurs retrouvailles en studio sur un titre original depuis leurs années communes au sein de Roxy Music.

Dans un album façonné par les reprises de bandes et les changements de collaborateurs, « Wildcat Days » constitue donc un épisode distinct. Le morceau associe directement Eno à l’écriture, tandis que ses traitements sonores s’étendent au projet. Cette participation replace une ancienne relation créative au cœur d’un disque solo développé bien après leur première période de travail commune.

« Your Painted Smile », premier relais de Mamouna

La publication débute au Japon le 31 août 1994, quelques jours avant la date britannique retenue comme référence. Le 5 septembre, Virgin Records met Mamouna sur le marché au Royaume-Uni. L’album atteint ensuite la 11e place du classement britannique. Aux États-Unis, il se classe 94e au Billboard 200.

« Your Painted Smile » est choisi comme premier single et paraît le 24 septembre. Carleen Anderson y assure des chœurs. Le titre reste une semaine dans le classement britannique, à la 52e place, un résultat plus modeste que celui obtenu par l’album.

Les compléments du CD single créent un pont avec les années précédant la sortie de Mamouna. Ils comprennent une version en concert de « Don’t Stop The Dance », ainsi que des interprétations de « In Every Dreamhome A Heartache » et « Bête Noire » enregistrées à Glasgow en 1988. Le support associe ainsi le nouveau single à des archives captées au moment où le long cycle conduisant à Horoscope, puis à Mamouna, commençait.

Un disque construit par interruptions et transformations

Les 32 ans de Mamouna ramènent aujourd’hui à cette chronologie inhabituelle. Le disque commence après une tournée, prend d’abord la forme d’Horoscope, cède la place à Taxi, puis renaît à partir de bandes anciennes mêlées à de nouveaux enregistrements. Les chansons conservées entre les deux projets permettent de suivre concrètement cette mutation.

Le parcours de « The Only Face », « Gemini Moon » et « N.Y.C. », les retrouvailles avec Brian Eno sur « Wildcat Days » et le vaste cercle de musiciens réunis à Londres racontent la même fabrication patiente. Publié après sept ans sans album de compositions originales, Mamouna clôt moins une simple attente qu’un chantier de six années, plusieurs fois interrompu avant de trouver sa forme définitive.