Bill Berry fête ses 68 ans : le batteur de R.E.M. qui composait au-delà du rythme


31 juillet 2026

Bill Berry célèbre ce 31 juillet son 68e anniversaire avec un paradoxe tenace : l’un des batteurs les plus identifiés à R.E.M. a déclaré qu’il « n’a jamais aimé être batteur ». La formule éclaire une trajectoire dans laquelle la batterie n’a jamais constitué une frontière. Chez R.E.M., Berry jouait également de la guitare, de la basse et du piano pour écrire et enregistrer.

 

Cette polyvalence permet de mieux comprendre sa place dans le groupe formé à Athens en 1980. Derrière le musicien installé au fond de la scène se trouvait un co-compositeur capable d’apporter une idée, une structure ou une progression complète. L’histoire de « Everybody Hurts » en offre l’exemple le plus net.

 

Une amitié née au collège à Macon

 

William Thomas Berry naît à Duluth, dans le Minnesota, avant de grandir en Géorgie, notamment à Macon. Sa pratique musicale commence tôt : il a raconté dans le podcast *In Weird Cities* avoir commencé à expérimenter les instruments et à jouer dès la troisième année d’école primaire.

 

À Macon, sa rencontre avec Mike Mills donne une direction plus précise à cet apprentissage. Les deux adolescents se connaissent au collège et leurs premiers rapports sont marqués par quelques frictions. Ils jouent néanmoins dans plusieurs groupes locaux, deviennent de proches amis et rejoignent ensemble l’Université de Géorgie.

 

Cette relation forme la future section rythmique de R.E.M. À Athens, Berry et Mills s’associent au guitariste Peter Buck et au chanteur Michael Stipe. Le groupe prend forme en 1980 autour de ces quatre étudiants ou anciens étudiants de l’université.

 

« Everybody Hurts », une structure venue de Bill Berry

 

La contribution de Berry ne se résume pas aux parties de batterie posées sur des chansons déjà écrites. Les membres de R.E.M. lui attribuent l’idée initiale et la structure de « Everybody Hurts », enregistrée pour l’album *Automatic for the People* au début des années 1990. Michael Stipe la considère comme la chanson de Berry.

 

Le point de départ repose sur un arrangement sobre, des accords répétitifs et une progression émotionnelle proposés par le batteur. Stipe écrit ensuite le texte, tandis que le groupe développe l’orchestration. Cette construction collective montre comment une ébauche apportée par Berry pouvait devenir une chanson de R.E.M. pleinement élaborée par les quatre musiciens.

 

Son travail s’étendait aux arrangements et aux harmonies vocales. Il pouvait passer à la guitare, à la basse ou au piano pour préciser une composition. Une telle mobilité explique pourquoi son rôle de co-compositeur dépasse largement l’image habituelle du batteur chargé d’accompagner les autres membres.

 

Le 1er avril 1995, la tournée bascule à Lausanne

 

Le moment le plus brutal de son parcours survient le 1er avril 1995. Durant un concert de la tournée *Monster* à la Patinoire de Malley, à Lausanne, Bill Berry s’effondre sur scène, victime de la rupture d’un anévrisme cérébral.

 

R.E.M. interrompt alors sa tournée. Michael Stipe, Peter Buck et Mike Mills restent en Suisse auprès de leur partenaire pendant sa convalescence. Stipe a raconté que Berry avait failli mourir à plusieurs reprises et que le groupe avait attendu qu’il puisse de nouveau marcher et parler. Il a qualifié cette période de terrifiante.

 

Après l’opération, les médecins autorisent pourtant Berry à reprendre la batterie. R.E.M. retourne sur la route. Au terme de son premier concert complet depuis l’intervention, le batteur quitte son instrument et rejoint ses trois camarades à l’avant de la scène. Les quatre musiciens se serrent dans les bras ; Stipe fond en larmes, soulagé de l’avoir vu tenir pendant tout le spectacle.

 

Un départ annoncé après 17 ans et dix albums

 

Bill Berry reste encore deux ans au sein de R.E.M. Son départ officiel est annoncé en octobre 1997 par un communiqué diffusé via Warner Bros. Après 17 années et dix albums, il explique vouloir se retirer de la musique. Le groupe présente alors cette décision comme indépendante de ses problèmes de santé.

 

Le batteur quitte l’activité permanente pour devenir fermier près de Farmington et d’Athens, en Géorgie. Il se consacre notamment au foin et à l’élevage, loin de la médiatisation qui accompagnait R.E.M. Michael Stipe, Peter Buck et Mike Mills poursuivent leur parcours en trio sans intégrer de nouveau batteur comme membre permanent.

 

Berry ne rompt cependant pas entièrement le lien avec ses anciens partenaires. Au cours des années 2000 et 2010, il participe à quelques réunions ponctuelles, joue certains morceaux sur scène et apparaît notamment lors de l’intronisation de R.E.M. au Rock and Roll Hall of Fame. Ces retrouvailles ne se transforment jamais en réintégration durable.

 

Bad Ends, un retour en studio effectué à Athens

 

Après plus de deux décennies largement passées en retrait, Berry rejoint Bad Ends, groupe d’Athens monté par Mike Mantione, chanteur et guitariste de Five Eight. Avant de s’engager, il demande à écouter les maquettes. La première chanson envoyée par Mantione suffit à le convaincre, le matériau répondant à ce qu’il appelle avec humour ses « standards arrogants ».

 

En 2023, Bill Berry participe ainsi à un projet discographique complet avec *The Power and the Glory*, jouant de la batterie mais aussi d’autres instruments. Le disque aborde la mort et la manière de l’affronter. Berry explique qu’il n’aurait pas souhaité traiter un tel sujet lorsqu’il avait 20 ans, mais que cette réflexion s’est imposée avec l’âge et la disparition de plusieurs amis.

 

L’enregistrement réserve une autre particularité : avant Bad Ends, il n’avait jamais réalisé un album complet à Athens, malgré le rôle fondateur de la ville dans l’histoire de R.E.M. Ce retour au travail en studio se déroule donc au plus près de chez lui, dans l’environnement géorgien où son parcours musical avait pris forme.

 

À 68 ans, Bill Berry reste ainsi associé à une manière très large d’envisager son métier. La batterie fut son rôle le plus visible, mais « Everybody Hurts », sa pratique de plusieurs instruments et son retour avec Bad Ends révèlent un musicien attentif à la construction entière d’une chanson.

 

De Macon à Athens, de R.E.M. à *The Power and the Glory*, son itinéraire suit moins une ligne continue qu’une succession de choix précis : former un groupe avec un ami de collège, apporter l’ossature d’une ballade, reprendre la scène après une grave opération, se retirer, puis accepter un nouveau disque seulement après avoir entendu les chansons. Autant de raisons de réécouter aujourd’hui « Everybody Hurts » en prêtant attention à ce qui, dans sa structure, porte la signature de Bill Berry.