Publié il y a 21 ans aujourd’hui, Super Extra Gravity est né de retrouvailles aussi décisives qu’improbables entre The Cardigans et le producteur Tore Johansson. Derrière cette rencontre presque burlesque se dessine un album préparé sous pression, entre maquettes MP3, écriture spontanée et tonalité plus sombre.
Tout commence par une envie très ordinaire au milieu d’une histoire artistique plus compliquée. Alors que les membres de The Cardigans se rendent dans un studio voisin pour utiliser les toilettes, ils y retrouvent Tore Johansson. Le producteur avait accompagné plusieurs étapes importantes du parcours du groupe, mais n’avait pas participé à Long Gone Before Daylight en raison de divergences créatives. Cette rencontre fortuite ouvre la voie à son retour pour Super Extra Gravity.
Magnus Sveningsson résumera plus tard l’épisode par une formule pleine d’autodérision : « the call of the bladder », littéralement « l’appel de la vessie ». L’anecdote prête à sourire, mais son résultat est très concret. Après une séparation professionnelle, The Cardigans et Johansson se retrouvent autour d’un sixième album studio, enregistré au GULA Studion de Malmö, en Suède.
Le retour de Tore Johansson ne constitue pas seulement une réunion familière. Il intervient après un disque réalisé sans lui et permet au groupe de renouer avec un collaborateur qui connaissait déjà son fonctionnement. Pour autant, Super Extra Gravity n’est pas présenté comme une simple tentative de revenir en arrière. The Cardigans cherchent à préserver l’écriture plus spontanée expérimentée sur Long Gone Before Daylight, tout en retrouvant des chansons plus immédiatement saisissables.
Le groupe cite alors un éventail de références particulièrement large : les Pixies, Sonic Youth, The Velvet Underground, Dusty Springfield et le film Blue Velvet. Cette liste fait cohabiter des univers différents sans enfermer le projet dans une seule filiation. Elle accompagne surtout une période où les Cardigans tentent de concilier leur passé commun avec Johansson et la méthode développée pendant son absence.
Cette continuité se joue aussi dans les relations de travail. Le producteur revient, mais le groupe ne gomme pas l’expérience du disque précédent. Super Extra Gravity se construit ainsi moins comme une restauration que comme un nouvel accord entre des partenaires qui s’étaient éloignés pour des raisons artistiques.
La préparation de l’album porte nettement la marque de son époque. Peter Svensson envoie ses maquettes sous forme de fichiers MP3, que les autres membres écoutent sur leurs iPod avant les sessions. La circulation numérique des chansons facilite le travail en amont, mais elle ne supprime pas la pression du calendrier lorsque vient le moment de finaliser les morceaux.
Nina Persson doit notamment avancer rapidement sur les textes. Son mari, Nathan Larson, lui apporte alors son aide. Cette collaboration répond à une contrainte immédiate : transformer les compositions reçues en chansons prêtes pour l’enregistrement. Elle éclaire une fabrication dans laquelle les idées circulent à distance avant d’être réunies en studio sous la direction de Johansson.
Le procédé donne à voir un groupe installé, mais pas figé dans ses habitudes. Les morceaux ne naissent pas tous d’une longue présence collective dans une même pièce : ils arrivent sous forme de fichiers, sont écoutés individuellement, puis développés pendant les sessions. Derrière l’anecdote des toilettes, c’est donc aussi une organisation très concrète qui se met en place pour permettre ces retrouvailles.
I Need Some Fine Wine and You, You Need to Be Nicer est choisi comme premier single et comme porte d’entrée la plus immédiatement accrocheuse du disque. Ce choix traduit l’équilibre recherché par le groupe : conserver la spontanéité acquise avec l’album précédent tout en remettant en avant des chansons plus brillantes et directes.
Ce morceau ne résume pourtant pas à lui seul Super Extra Gravity. Magnus Sveningsson présente Don’t Blame Your Daughter (Diamonds) comme une chanson invitant davantage à la réflexion. Le contraste entre les deux titres révèle la manière dont les Cardigans organisent l’entrée dans l’album : une première proposition frontale, suivie d’un morceau conçu pour solliciter une écoute différente.
La réception critique soulignera précisément cette part plus sombre et cynique. AllMusic reconnaît cette orientation, tout en se montrant moins convaincu par les chansons, les interprétations et la production que sur les albums antérieurs. Le disque ne suscite donc pas une adhésion unanime, malgré le retour d’un producteur étroitement associé à l’histoire du groupe.
Vingt et un ans après sa publication, Super Extra Gravity demeure le dernier album studio publié à ce jour par The Cardigans. Le groupe et ce disque figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Cette place particulière donne encore davantage de relief à son point de départ : des divergences créatives, une rencontre imprévue dans un studio de Malmö, puis une collaboration relancée par ce que Sveningsson appelait avec humour « l’appel de la vessie ».
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