Skunk Anansie célèbre aujourd’hui les 30 ans de Stoosh, son deuxième album studio. Derrière sa réussite se cachent une bataille autour du son, un morceau d’ouverture imposé par Skin et une chanson de rupture écrite en quelques minutes au milieu de la nuit.
Avant même que le public découvre Stoosh, Skunk Anansie a dû refuser une première version de son propre disque. Enregistré à Great Linford Manor, à Milton Keynes, avec le producteur canadien Garth « GGGarth » Richardson, l’album ne convainc pas immédiatement le groupe une fois mixé. Les premiers mixes sont jugés trop compressés. Plutôt que d’accepter ce résultat, les musiciens réclament une nouvelle passe, réalisée à Mushroom Studios, à Vancouver. Ce second travail redonne notamment davantage d’espace aux basses et permet au groupe de reprendre le contrôle sur la forme définitive de l’album.
Le désaccord autour du mixage n’est pas la seule décision ferme qui accompagne la naissance de Stoosh. Pour ouvrir le disque, Skin tient à placer « Yes It’s Fucking Political », tandis que le label préfère « All I Want ». La chanteuse obtient gain de cause. Le choix est particulièrement significatif : au lieu de commencer par le titre privilégié par la maison de disques, Skunk Anansie place d’emblée une déclaration explicite au seuil de l’album.
Le titre même du disque participe à cette volonté de confronter les apparences et les rapports sociaux. « Stoosh », mot d’origine britannique et caribéenne, peut notamment signifier « chic », « snob » ou « coincé ». Skin l’emploie de manière ironique dans le contexte des tensions de classe abordées par l’album. Ce nom court et ambigu résume ainsi un projet qui refuse de séparer les choix artistiques des sujets politiques et sociaux portés par le groupe.
La production accueille aussi une collaboration inattendue. Michael McKeegan, bassiste de Therapy?, intervient pour arranger et jouer les parties de violoncelle de « Infidelity (Only You) » et « Twisted (Everyday Hurts) ». Sa présence ne se limite donc pas à une simple apparition : elle concerne directement la construction de deux morceaux et introduit un autre instrument dans l’architecture du disque.
L’histoire la plus intime de Stoosh est celle de « Hedonism (Just Because You Feel Good) ». Skin raconte avoir écrit la chanson vers quatre heures du matin, juste après avoir été quittée par son premier amour. Une phrase figure déjà dans la première ébauche : « I hope you’re feeling happy now ». Mais les autres membres de Skunk Anansie estiment que le morceau a encore besoin d’un véritable refrain.
Skin trouve alors la formule « Just because you feel good ». D’après son récit, l’écriture ne lui prend qu’environ cinq minutes. Ce moment nocturne né d’un mauvais largage devient le plus grand succès associé à l’album. La chanson relie ainsi une expérience très personnelle à la trajectoire publique de Stoosh, sans avoir été conçue au terme d’un long travail prémédité.
Son clip provoque également une réaction au Royaume-Uni. Un baiser entre deux femmes entraîne une diffusion limitée à certains créneaux horaires. La plainte déposée auprès de l’Independent Television Commission n’est cependant pas retenue. Cet épisode prolonge, dans l’image, la volonté du groupe de ne pas contourner les sujets susceptibles de déranger.
Une autre chanson puise dans un souvenir beaucoup plus ancien. « Pickin On Me » évoque un écolier que Skin a réellement connu dans son école primaire du sud de Londres. La chanteuse a confirmé que cet ancien camarade était ensuite devenu membre de la Metropolitan Police. Ce détail donne au morceau un ancrage biographique précis et fait entrer dans l’album une figure venue directement de son enfance.
À sa sortie, Stoosh atteint la neuvième place du classement britannique des albums et prend la tête du classement UK Rock & Metal. Il obtient également une certification platine au Royaume-Uni. Ces résultats contribuent à installer durablement Skunk Anansie parmi les groupes à succès de la période, tout en donnant une audience considérable aux décisions que le groupe avait défendues en studio.
Cette progression trouve un prolongement spectaculaire en 1999, lorsque Skin devient la première femme noire à se produire en tête d’affiche de la Pyramid Stage de Glastonbury. Trois ans après Stoosh, le groupe occupe ainsi l’une des scènes les plus exposées du festival britannique. L’album et Skunk Anansie figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.
Trente ans après sa parution, Stoosh reste lié à une succession de refus et de choix assumés : recommencer les mixes, imposer « Yes It’s Fucking Political » en ouverture et conserver dans « Hedonism » la trace immédiate d’une rupture. Son histoire tient autant à ses résultats dans les classements qu’à cette détermination à ne pas livrer le disque sous une forme qui ne convenait pas au groupe.
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