Matt Sharp, 57 ans : derrière Weezer, le laboratoire synthétique des Rentals

Matt Sharp fête ce 22 septembre 2026 son 57e anniversaire. Bassiste fondateur de Weezer, il a participé aux deux premiers albums du groupe avant de placer les synthétiseurs au cœur de sa propre aventure avec The Rentals.

Avant les claviers analogiques, les guitares de Weezer et les longs trajets de tournée, il y a Bangkok. Matthew Kelly Sharp y naît le 22 septembre 1969, avant d’être élevé en Virginie. Ce point de départ géographique contraste avec la trajectoire qui le fera connaître comme bassiste et songwriter américain, d’abord au sein d’un groupe appelé à prendre une place majeure dans le rock alternatif, puis à la tête d’un projet où il pourra définir plus directement son langage musical.

Matt Sharp ne se résume pourtant pas à un changement de groupe. Son parcours relie deux identités sonores distinctes : celle des débuts de Weezer, portée par les guitares, et celle de The Rentals, où le Moog et les synthétiseurs occupent une position centrale. Entre les deux, son rôle évolue. Le bassiste devient chanteur, auteur et moteur créatif d’une formation conçue initialement comme un projet parallèle.

Deux albums au cœur des débuts de Weezer

Bassiste fondateur de Weezer, Matt Sharp joue sur les deux premiers albums du groupe : le Blue Album, paru en 1994, puis Pinkerton, sorti en 1996. Ces deux disques constituent la partie la plus immédiatement identifiable de son parcours. Ils installent aussi le contraste qui donnera ensuite tout son relief à The Rentals.

C’est entre ces deux albums que Sharp forme The Rentals. Le projet lui permet de ne pas rester cantonné à son rôle au sein de Weezer et ouvre un second axe dans son travail. Cette aventure parallèle prend progressivement une autre dimension, jusqu’à devenir le centre de sa trajectoire après son éviction de Weezer. Les circonstances précises de ce départ ne sont pas suffisamment établies pour en tirer un récit définitif, mais sa conséquence artistique est claire : l’identité de The Rentals s’affirme.

Ce passage ne correspond donc pas seulement à une séparation. Il transforme la place occupée par Sharp. Dans Weezer, il est le bassiste d’une formation collective. Avec The Rentals, il devient le chanteur et bassiste d’un projet dont il façonne plus directement l’esthétique. Les albums de Weezer comme le travail de The Rentals font également partie de la programmation de RADIO COLLECTION.

The Rentals, ou le synthétiseur au premier plan

Le premier album, Return of the Rentals, donne à ce nouveau chapitre une personnalité immédiatement distincte. Le disque s’inscrit dans une power-pop où les synthétiseurs ne servent pas seulement de décor. Ils structurent le son du groupe, avec une présence particulièrement marquée du Moog. Sharp prend ainsi ses distances avec la seule formule du groupe à guitares sans renier son sens de l’écriture pop.

Friends of P. devient le single emblématique de cette approche. Le titre condense l’identité de The Rentals : une chanson pop portée par une couleur synthétique immédiatement reconnaissable. Sa genèse détaillée reste peu documentée, mais sa place dans le parcours du groupe est nette. Il accompagne l’émergence d’un son dont les claviers constituent l’une des signatures essentielles.

Sharp a notamment cité Gary Numan et l’album The Pleasure Principle pour expliquer la place donnée aux synthétiseurs dans The Rentals. La référence éclaire son choix sans réduire le groupe à une imitation. Elle montre surtout que cette orientation résulte d’une recherche assumée, et non d’un simple ajout en studio. Chez The Rentals, l’instrument électronique devient un élément directeur de l’arrangement et de l’identité du projet.

Écrire dans la durée, construire morceau par morceau

Cette volonté sonore s’appuie sur un rapport ancien à l’écriture. Matt Sharp a expliqué être concentré sur cette activité depuis l’âge de 14 ans. Interrogé en 2007, il résumait sa constance par une formule sans détour : « I certainly don’t think about not writing at all ». L’écriture n’apparaît pas chez lui comme une phase isolée entre deux albums, mais comme un travail continu.

Une autre réponse, livrée en 2014, décrit avec la même économie de mots sa méthode de construction : « Piece by piece », morceau par morceau. Cette logique progressive se retrouve dans la fabrication d’un album de The Rentals travaillé entre New York, Nashville, La Nouvelle-Orléans et Los Angeles. Plutôt qu’un processus enfermé dans un seul studio, le projet s’est développé à travers plusieurs villes et différentes étapes.

Les déplacements occupent d’ailleurs une place singulière dans ses souvenirs de musicien. Sharp a raconté avoir découvert Art Bell et l’émission radiophonique Coast to Coast AM pendant de longs trajets de tournée au début des années 2000. L’anecdote dessine un envers plus concret de la vie musicale : des heures sur la route, un programme nocturne et un esprit qui continue d’absorber des sons et des récits.

À 57 ans, Matt Sharp reste ainsi identifiable par une articulation précise : deux albums fondateurs avec Weezer, puis un espace personnel construit autour de The Rentals. Du Blue Album à Return of the Rentals, son parcours ne suit pas seulement une succession de formations. Il raconte comment un bassiste a déplacé le centre de gravité de son travail, jusqu’à faire du Moog et de chansons comme Friends of P. les signes distinctifs de sa propre écriture.

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