Goo Goo Dolls : Miracle Pill, 7 ans, deux studios et une nouvelle ère stoppée net

Sorti le 13 septembre 2019, Miracle Pill célèbre aujourd’hui ses 7 ans. Après avoir revisité leur grand succès Dizzy Up The Girl, les Goo Goo Dolls voulaient ouvrir un nouveau chapitre : ils l’ont façonné entre Capitol Studios et Metalworks, avant que la pandémie ne vienne perturber sa trajectoire.

Dans le sous-sol de Capitol Studios, à Hollywood, les Goo Goo Dolls ne sont pas tout à fait en territoire inconnu. Le groupe y avait déjà travaillé sur Gutterflower, paru bien avant Miracle Pill. Au moment d’y revenir pour enregistrer son douzième album studio, John Rzeznik retrouve donc un lieu associé à une étape antérieure de sa carrière. « We worked on Gutterflower in that building. There’s just good vibes », résume-t-il. Ce retour aurait pu nourrir une nouvelle célébration du passé. Il devient au contraire le décor d’un disque présenté comme le début d’une ère plus audacieuse et lumineuse.

Le contraste est important. En 2018, les Goo Goo Dolls viennent de mener une tournée à guichets fermés pour les 20 ans de Dizzy Up The Girl, leur album multi-platine. Le groupe aurait pu prolonger confortablement cette séquence rétrospective. Miracle Pill répond par onze chansons ramassées sur environ 37 minutes et par un regard dirigé vers les préoccupations du présent : la célébrité transformée, l’insincérité favorisée par les réseaux sociaux, la gratification immédiate, mais aussi la question de devenir père.

Au sous-sol de Capitol, le passé sert de point d’appui

L’enregistrement à Capitol établit un lien concret entre plusieurs périodes des Goo Goo Dolls, sans réduire le nouvel album à un exercice nostalgique. John Rzeznik insiste notamment sur la contribution de Paula Salvatore, figure de Capitol Studios, qui aide l’équipe à obtenir certains sons précis. Derrière la formule promotionnelle de « nouvelle ère », la fabrication du disque repose ainsi sur un équilibre : retrouver un environnement familier tout en cherchant une autre présentation pour le groupe.

Robby Takac décrit un album progressivement « assemblé » pendant des journées de studio intensives. Avec Craig, un collaborateur, il passe de longues heures à jouer et à faire émerger les chansons avant l’intervention de Rzeznik. Cette méthode donne l’image d’un disque construit dans la durée quotidienne, moins autour d’un événement spectaculaire que par accumulation de séances, d’essais et de décisions.

Une partie essentielle du travail conduit également le groupe loin de Hollywood. Les Goo Goo Dolls se rendent aux Metalworks Studios, en Ontario, pour enregistrer les batteries avec Gavin MacKillop, producteur connu pour ses collaborations avec Toad The Wet Sprocket et The Church. Le déplacement souligne l’attention portée à cette composante du son : Miracle Pill ne provient pas d’un seul lieu ni d’une seule équipe de production. Sam Hollander est notamment identifié comme producteur du morceau-titre, mais l’album fait intervenir plusieurs producteurs.

Une « pilule miracle » face aux mirages contemporains

Le 21 juin 2019, près de trois mois avant l’album, les Goo Goo Dolls lancent Miracle Pill comme premier single. Le choix est structurant : la chanson fournit à la fois un titre au disque, son principal point d’entrée et l’image qui relie ses interrogations. Cette « pilule miracle » renvoie aux illusions contemporaines et au désir de réponses immédiates, dans un album qui examine plus largement la quête de reconnaissance et les nouvelles formes de mise en scène de soi.

Money, Fame and Fortune prolonge directement cette ligne. Présenté comme un single baigné de synthétiseurs, le morceau aborde la poursuite quotidienne d’une vie meilleure et les mirages matérialistes associés à l’argent, à la célébrité et à la réussite. Ces thèmes ne sont pas isolés du reste du projet : Rzeznik évoque également la transformation de la célébrité et le manque de sincérité encouragé par les réseaux sociaux.

À ces sujets collectifs s’ajoute une interrogation plus personnelle autour de la parentalité. Miracle Pill fait ainsi cohabiter les mécanismes publics de gratification instantanée et la question intime de devenir père. Cette amplitude donne sa cohérence à un album court, conçu par un groupe installé depuis longtemps mais qui refuse alors de se limiter au rappel de ses succès des années 1990.

Le 13 septembre 2019, Warner Records publie finalement Miracle Pill à l’international. Le disque arrive après la tournée anniversaire de Dizzy Up The Girl, avec la mission clairement affichée de déplacer le regard. Son format compact et le rôle central du morceau-titre permettent aux Goo Goo Dolls de présenter rapidement cette nouvelle phase, sans transformer leur douzième album en bilan de carrière.

Une trajectoire prolongée, puis interrompue

Le cycle du disque ne se déroule pourtant pas comme prévu. Après des concerts aux États-Unis et au Royaume-Uni, la tournée consacrée à Miracle Pill est interrompue par l’arrêt des activités provoqué par la pandémie de COVID-19. Le groupe ne peut pas mener jusqu’au bout la promotion de l’album. L’expression de « nouvelle ère » prend alors une dimension particulière : le projet existe, mais son déploiement sur scène est brutalement contrarié.

Les Goo Goo Dolls prolongent malgré tout l’histoire de l’album. Le 10 juillet 2020 paraît une édition deluxe de Miracle Pill, qui ajoute trois morceaux aux onze titres initiaux. Cette version étendue porte l’ensemble à quatorze chansons et maintient le disque en circulation pendant une période où sa tournée ne peut suivre son cours normal.

En 2022, Robby Takac parlait encore du groupe comme étant au milieu d’une tournée pour ce disque sorti en 2019, dans le contexte de la promotion de Chaos in Bloom. Cette reprise tardive ne gomme pas l’interruption, mais elle montre combien le calendrier de Miracle Pill s’est étiré au-delà de sa sortie. Sept ans après sa publication, son histoire demeure attachée à ces deux sous-sols de studio, à trois chansons ajoutées en 2020 et à une tournée qui dut attendre avant de retrouver la route.