ELO branche son avenir à Munich : les 50 ans d’A New World Record

Electric Light Orchestra célèbre les 50 ans d’A New World Record, le disque qui transforme sa percée commerciale en réussite internationale. Enregistré dans la discipline d’un studio souterrain à Munich, l’album réunit la méthode de Jeff Lynne, une ligne téléphonique recréée au Moog et un détour assumé par le passé de The Move.

Pour fabriquer l’un des sons les plus reconnaissables d’A New World Record, Electric Light Orchestra commence par passer un appel transatlantique. Depuis l’Angleterre, le groupe compose un numéro américain auquel personne ne doit répondre. Le but n’est pas de joindre quelqu’un, mais d’écouter attentivement la tonalité. Jeff Lynne en relève les notes, puis accorde les oscillateurs d’un Moog afin de la reproduire. Cette minutie technique ouvre Telephone Line, ballade construite autour d’un homme suspendu à une sonnerie, espérant qu’une femme finira par décrocher.

Placée en deuxième position sur l’album, la chanson ne sort en single qu’en mai 1977. Elle devient alors le plus grand succès d’ELO aux États-Unis et le premier 45 tours du groupe certifié or au Royaume-Uni. Mais avant ce résultat, l’appel sans réponse résume déjà une manière de travailler : partir d’un détail concret, l’examiner, puis l’intégrer à une pop aux arrangements élaborés sans perdre l’efficacité d’un refrain.

Deux semaines dans le sous-sol de Munich

Sixième album studio d’Electric Light Orchestra, A New World Record arrive après Face the Music, qui avait amorcé la percée commerciale du groupe en 1975. Jeff Lynne dira que ce disque avait ouvert « les vannes ». La période est particulièrement productive pour l’auteur, qui compare les années 1974 à 1978 à un tapis roulant de chansons composées à grande vitesse. « Les chansons ont commencé à surgir et la plupart me venaient rapidement », expliquera-t-il à propos de ce cycle créatif.

En juillet 1976, ELO s’installe principalement à Musicland Studios, à Munich. Le lieu se trouve au sous-sol d’un grand hôtel : un studio moderne, mais assez sombre, où les distractions sont rares. Lynne évoque quelques parties de football derrière l’établissement et des soirées à la Biergarten. Pour l’essentiel, le groupe travaille. Le cadre favorise une organisation resserrée que le musicien décrira ainsi : « J’allais là-bas deux semaines, j’enregistrais toutes les bases, je ramenais le tout en Angleterre pour travailler sur les mots et les arrangements, puis je repartais en Allemagne pour finir. »

Les cordes et les chœurs sont ajoutés à De Lane Lea Studios, à Wembley, avant des ajustements à Cherokee Studios, à Los Angeles. Ce parcours entre l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États-Unis reste placé sous le contrôle de Lynne, auteur et producteur de toutes les chansons. Il assure également le chant, la guitare, les claviers et les percussions.

Autour de lui, le noyau formé par Richard Tandy, Kelly Groucutt et Bev Bevan a gagné en cohésion. Bevan insiste aussi sur la contribution de Reinhold « Mack », l’ingénieur des séances : « L’ingénieur Mack était aussi un énorme atout. » Le groupe connaît Musicland, maîtrise sa méthode et dispose désormais d’une formule suffisamment solide pour conjuguer instrumentation orchestrale et formats pop ramassés.

Un titre à double sens, un passé remis en circulation

Le titre A New World Record porte lui-même plusieurs lectures. Bev Bevan l’associe au contexte sportif des Jeux olympiques qui se déroulent pendant l’enregistrement et au double sens du mot anglais record : le disque venu du « Nouveau Monde », mais aussi le record mondial. Derrière le jeu de mots se dessine une ambition devenue crédible. ELO n’est plus seulement le projet né, après The Move, de la volonté de Jeff Lynne et Roy Wood de rapprocher rock et instrumentation orchestrale. Le groupe est désormais en mesure de toucher un vaste public avec cette idée.

Lynne ne renie pourtant pas l’étape précédente. Sur l’album, il reprend Do Ya, chanson initialement enregistrée avec The Move, et lui donne une nouvelle version plus musclée et modernisée. Son explication est directe : « Do Ya était une si bonne chanson que je voulais que le public d’ELO l’entende. » Cette relecture n’a donc rien d’un simple regard nostalgique. Elle remet son propre catalogue en circulation auprès d’auditeurs arrivés avec Electric Light Orchestra et relie deux périodes de sa trajectoire.

À côté de Do Ya et de Telephone Line, Livin’ Thing illustre la capacité de Lynne à concentrer des idées musicales élaborées dans une chanson de trois à quatre minutes. Rockaria! complète la série de singles tirés du disque. Ensemble, ces titres installent ELO dans une phase de montée en puissance qui conduira à Out of the Blue. Lynne considérera rétrospectivement ces deux albums comme le sommet artistique du groupe.

La percée devient internationale

Le calendrier de publication d’A New World Record conserve une part d’incertitude. Le 11 septembre 1976 est souvent cité, tandis que les discographies détaillées fixent la sortie principale américaine au 15 octobre chez United Artists Records, puis la publication britannique au 19 novembre chez Jet Records. D’autres datations situent plus largement son lancement européen en septembre. Cinquante ans plus tard, cette divergence n’efface pas le basculement commercial produit par l’album.

A New World Record entre dans le Top 10 du Billboard 200 aux États-Unis et atteint le Top 20 au Royaume-Uni. Il apparaît également dans les classements de fin d’année de plusieurs pays, notamment le Canada, l’Australie, l’Allemagne et la Nouvelle-Zélande. Il est certifié platine aux États-Unis pour un million d’exemplaires et au Royaume-Uni pour 300 000 ventes, double platine au Canada et or aux Pays-Bas. Environ 1,6 million d’exemplaires sont ainsi certifiés dans six pays.

D’abord diffusé en vinyle, cassette et cartouche 8 pistes, l’album rejoint ensuite le CD et le téléchargement numérique. Sa réédition remasterisée de 2006 ajoute notamment Surrender, ainsi que des versions alternatives de Telephone Line et Tightrope. Le détail le plus parlant demeure toutefois celui de 1976 : un téléphone américain qui sonne dans le vide, écouté depuis l’Angleterre, avant que Jeff Lynne ne transforme sa tonalité en notes de Moog.