Né le 19 août 1963 à Stockholm, Joey Tempest fête aujourd’hui ses 63 ans. Chanteur et principal auteur-compositeur d’Europe à ses débuts, le musicien suédois a longtemps porté l’écriture du groupe presque seul. Du riff de « The Final Countdown », composé à 17 ans sur un clavier emprunté, à une création désormais partagée avec ses partenaires, son parcours raconte surtout une évolution dans l’art de fabriquer des chansons.
Une nuit, un clavier encore inhabituel dans un univers dominé par les guitares et un son qui retient immédiatement l’attention : l’histoire de Joey Tempest pourrait tenir dans les premières mesures de « The Final Countdown ». Le chanteur d’Europe, qui fête aujourd’hui ses 63 ans, n’imagine pourtant pas encore un single lorsqu’il enregistre ce riff adolescent. Il conserve simplement sa démo pendant plusieurs années.
Cette longue maturation résume une part essentielle de son parcours. Derrière le chanteur associé au plus grand succès international d’Europe se trouve d’abord un auteur-compositeur précoce, habitué à garder des idées, à les reprendre et à les adapter. Une méthode très personnelle qui, au fil des années, s’est progressivement ouverte aux autres membres du groupe.
Bien avant le contrat d’enregistrement et les concerts internationaux, l’écriture occupe déjà une place particulière. « J’ai commencé très jeune, vers neuf ou dix ans, ma mère disait que je griffonnais des mots avec des accords », racontait Joey Tempest en 2018. Selon lui, cette pratique le distinguait des futurs membres d’Europe, alors davantage concentrés sur leurs instruments.
À la fin des années 1970, Rolf Magnus Joakim Larsson se choisit un nom de scène. Joey Tempest est inspiré par La Tempête de William Shakespeare. En 1979, ce nouveau nom accompagne la construction d’une identité de chanteur et de leader dans la banlieue de Stockholm.
Avec le guitariste John Norum, Peter Olsson et Tony Reno, il forme d’abord Force. En 1982, le groupe devient Europe et participe au concours suédois Rock-SM. La victoire lui apporte un premier contrat avec Hot Records. Tempest ne se limite alors ni au chant ni aux textes : il assure aussi les claviers sur les deux premiers albums, Europe et Wings of Tomorrow, avant l’arrivée de Mic Michaeli en avril 1984.
Mic Michaeli joue un rôle dans l’histoire d’Europe avant même d’intégrer officiellement le groupe. Encore étudiant, Joey Tempest lui emprunte un Korg Polysix. À 17 ans, il considère le clavier comme une sorte d’élément étranger au milieu des guitares, mais passe une nuit à en explorer les possibilités.
Un son particulier fait naître le riff qui deviendra celui de « The Final Countdown ». Tempest enregistre une première maquette, puis range l’idée. Le morceau n’est pas immédiatement développé par Europe : son auteur attend plusieurs années, jusqu’au troisième album, avant d’estimer que le groupe peut construire une chanson autour de cette séquence de synthétiseur.
Ce délai montre que le titre n’est pas né d’une commande urgente ou d’une recherche immédiate de succès. Une idée adolescente, obtenue sur un instrument prêté, a d’abord vécu sous la forme d’une démo conservée à l’écart du répertoire.
Lorsque Joey Tempest reprend sa maquette, le riff ne possède pas encore son récit. Pour trouver les paroles, il revient à sa fascination adolescente pour l’espace et à des chansons de David Bowie, notamment « Space Oddity » et « Starman ». Il imagine alors une humanité quittant une Terre épuisée pour partir vers une autre planète.
L’expression « final countdown » émerge après de nombreuses improvisations vocales sur la base instrumentale. Sous son apparence de refrain destiné aux grandes salles, la chanson repose donc sur un scénario de science-fiction et sur les références musicales de l’adolescence de Tempest.
La littérature intervient également ailleurs dans son travail. Le musicien a raconté s’être souvenu du roman historique suédois Röde Orm, connu en anglais sous le titre The Long Ships, pour nourrir l’atmosphère d’une chanson d’Europe. Le chaos des débuts de l’époque viking lui fournit alors un arrière-plan pour le texte, les mélodies et les riffs. De Shakespeare à la littérature suédoise, l’écriture de Tempest ne se réduit pas aux codes du hard rock.
« The Final Countdown » n’est initialement pas conçu comme un futur single. Il s’agit d’un long morceau expérimental de plus de six minutes, pensé pour ouvrir l’album et les concerts. « Ce n’était jamais censé être autre chose qu’un morceau très cool pour la scène et pour l’album », expliquera Joey Tempest.
La pièce doit donc être adaptée au format radio sans perdre sa fonction d’ouverture. Cette transformation conduit une composition expérimentale, gardée plusieurs années, vers une diffusion beaucoup plus large que prévu. Le morceau devient également un hymne de stades et de compétitions sportives, repris par des dizaines de milliers de personnes.
Cette réussite ouvre à Europe une carrière internationale. Elle installe aussi une difficulté durable : l’omniprésence de la chanson finit par occulter une partie du reste de la production du groupe.
Avec le recul, Joey Tempest a présenté « The Final Countdown » comme la meilleure et la pire chose arrivée à Europe. La formule ne traduit pas un rejet du morceau, mais une contradiction concrète. La chanson offre au groupe une visibilité internationale tout en le ramenant constamment à un seul titre.
Europe doit ensuite se battre pour que ses autres albums soient considérés au-delà de ce succès. Pour Tempest, l’auteur devenu indissociable de son riff de jeunesse, l’enjeu consiste aussi à poursuivre son travail de compositeur sans rester enfermé dans la reproduction de cette formule.
En 1986, il met d’ailleurs son savoir-faire au service d’un projet extérieur. Parallèlement à Europe, il écrit et produit One of a Kind pour Tone Norum, la sœur de John Norum. Cette activité souligne qu’au moment même où « The Final Countdown » concentre l’attention, Tempest exerce également son métier d’auteur et de producteur pour une autre interprète.
Sur les quatre premiers albums d’Europe, Joey Tempest écrit la grande majorité des chansons. Cette responsabilité prolonge naturellement ses habitudes de jeunesse, mais elle place aussi l’essentiel de la pression créative sur lui. La méthode évolue ensuite vers un fonctionnement beaucoup plus collectif.
Le chanteur compose désormais avec John Levén, Mic Michaeli, John Norum et Ian Haugland. Les membres apportent des riffs, des idées ou des structures, qui sont ensuite développés en équipe. Selon Tempest, cette organisation allège la pression et diversifie l’identité des morceaux.
Dans une interview publiée en 2023, il expliquait également que son écriture revenait vers des racines mélodiques proches de la période classique d’Europe. Ce retour ne signifie pas un rétablissement du modèle ancien : la recherche mélodique s’inscrit désormais dans une création partagée.
Le chemin parcouru apparaît ainsi dans le contraste entre deux scènes de travail. La première montre un adolescent seul face à un Korg Polysix emprunté, enregistrant un riff qu’il gardera dans un tiroir. La seconde réunit les cinq membres d’Europe autour de fragments apportés par chacun.
À 63 ans, Joey Tempest reste étroitement associé à « The Final Countdown ». Mais la genèse du morceau, son poids parfois encombrant et l’évolution collective d’Europe racontent une histoire plus large : celle d’un auteur précoce qui a appris à transformer une intuition solitaire, puis à partager progressivement la fabrication des chansons.