Waking Up the Neighbours fête aujourd’hui ses 35 ans. Derrière le sixième album de Bryan Adams se trouvent dix-huit mois de travail avec Robert John « Mutt » Lange et une commande pour le film Robin Hood: Prince of Thieves devenue un succès historique.
Lorsque Michael Kamen contacte Bryan Adams et Mutt Lange, les deux hommes travaillent déjà sur Waking Up the Neighbours. Le compositeur leur propose alors d’écrire une chanson pour Robin Hood: Prince of Thieves à partir d’une base tirée de la musique du film. Cette commande va donner naissance à « (Everything I Do) I Do It for You », bouleverser la trajectoire du projet et placer l’album au cœur d’un succès que Bryan Adams lui-même n’avait pas anticipé.
Le chanteur canadien ne voit d’abord dans ce morceau qu’une chanson d’amour. « I didn’t know it was going to be a hit », expliquera-t-il ensuite : il ne savait pas qu’elle allait devenir un tube. Mutt Lange, de son côté, en mesure davantage le potentiel. Publiée à la fois sur la bande originale du film et sur Waking Up the Neighbours, elle finit par devenir indissociable de l’album.
Cette chanson n’est pourtant qu’une partie d’un chantier particulièrement long. Bryan Adams travaille environ un an et demi avec Mutt Lange, qui assure la production, participe à l’écriture et intervient dès la préproduction. Adams partage lui aussi la production de l’album. Leur collaboration ne se limite donc pas à régler les derniers détails en studio : elle accompagne la construction même des morceaux.
Le projet circule entre plusieurs lieux. Les enregistrements se déroulent notamment aux Battery Studios de Londres et au Warehouse Studio de Vancouver, avant un mixage aux Mayfair Studios, également à Londres. Bryan Adams a aussi raconté que certaines prises avaient été réalisées dans son sous-sol. De ces espaces très différents naît un disque dont la dimension rock repose sur une production particulièrement travaillée.
Mutt Lange apporte sa méthode à un répertoire sur lequel Bryan Adams s’appuie également sur des collaborations déjà établies. « Do I Have to Say the Words? » en offre un exemple précis. La chanson vient d’abord du travail d’Adams avec Jim Vallance, puis elle est reprise avec Lange. Vallance considérera l’intervention du producteur comme déterminante pour avoir fait passer le morceau à un autre niveau.
Ce cheminement montre le rôle occupé par Lange sur Waking Up the Neighbours : il ne s’agit pas seulement de produire de nouvelles compositions, mais aussi de reprendre une chanson existante et de la transformer avec ses auteurs. Le morceau conserve ainsi l’empreinte du tandem Adams-Vallance tout en devenant l’un des exemples les plus nets de l’évolution provoquée par l’arrivée du producteur.
« (Everything I Do) I Do It for You » suit un parcours différent. Son point de départ ne vient pas des premières séances de l’album, mais de la proposition de Michael Kamen. À partir du matériau musical associé à Robin Hood: Prince of Thieves, Adams et Lange écrivent un titre qui rejoint finalement les deux projets. La chanson appartient dès lors autant à l’histoire du film qu’à celle de Waking Up the Neighbours.
Son résultat au Royaume-Uni donne la mesure du phénomène : le single reste seize semaines consécutives à la première place. Ce record accompagne l’album, qui atteint lui aussi le sommet du classement britannique et demeure classé pendant 54 semaines. Au Canada, le disque obtient une certification platine dès décembre 1991.
Ces chiffres éclairent le changement d’échelle provoqué par l’association entre le long travail d’Adams et Lange et l’arrivée tardive de la chanson du film. Une demande extérieure au projet initial devient son titre phare, tandis que l’album bénéficie d’un morceau que son interprète considérait d’abord avec beaucoup moins de certitude que son producteur.
À 35 ans, Waking Up the Neighbours reste ainsi lié à deux histoires de fabrication complémentaires. « Do I Have to Say the Words? » raconte la reprise d’une composition Adams-Vallance sous l’impulsion de Mutt Lange. « (Everything I Do) I Do It for You » montre au contraire comment une proposition venue du cinéma a trouvé sa place dans un album déjà en cours de réalisation.
Le disque et Bryan Adams figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION. Leur présence rappelle combien cet album se concentre autour d’une collaboration prolongée, menée entre Londres, Vancouver et le sous-sol du chanteur, puis couronnée par un record britannique.
Le contraste demeure saisissant : au milieu d’un projet préparé pendant environ dix-huit mois, la chanson qui allait en devenir le plus grand succès est née d’une commande pour un film. Bryan Adams n’en prévoyait pas le destin ; seize semaines consécutives au sommet du classement britannique allaient lui apporter la réponse.
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