Alain Bashung : Osez Joséphine, le rêve américain passé par Memphis

Il y a 35 ans, Alain Bashung publiait Osez Joséphine, un album conçu entre la France, la Belgique et Memphis. Ce voyage américain, sa collaboration avec Jean Fauque et la métamorphose de la chanson-titre allaient accompagner son retour au premier plan.

Avant de partir pour Memphis avec Alain Bashung, Jean Fauque lance une promesse aussi simple qu’audacieuse : « On te ramène un tube. » La phrase prendra tout son relief avec Osez Joséphine. En novembre 1991, la chanson donne son titre au huitième album studio de Bashung et devient le morceau emblématique d’un disque qui le ramène vers un large succès populaire.

Ce retour ne repose pourtant pas sur une recette évidente. Bashung choisit de poursuivre un désir précis : confronter sa musique à des studios historiques et à des musiciens américains. Entre juillet et septembre 1991, les séances se répartissent ainsi entre les studios Ardent de Memphis, Plus XXX à Paris et ICP à Bruxelles. Le déplacement géographique devient l’une des décisions centrales du projet.

Memphis au cœur du projet

Le séjour dans le Tennessee permet à Bashung de travailler avec des instrumentistes locaux, parmi lesquels Sonny Landreth et Bernie Leadon. Le premier est notamment connu comme guitariste, tandis que le second a fait partie des Eagles. Leur participation inscrit concrètement l’ambition américaine du disque dans les séances d’enregistrement, plutôt que dans une simple référence lointaine.

Cette ouverture apparaît aussi dans le choix du répertoire. Aux compositions signées par Bashung et Jean Fauque s’ajoutent plusieurs reprises de chansons anglo-américaines : Well All Right, Blue Eyes Crying in the Rain, She Belongs to Me et Nights in White Satin. Elles prennent place dans le même album que les nouvelles chansons du tandem, au sein d’un projet produit par Éric Clermontet et Marc Antoine.

Le voyage à Memphis ne constitue donc pas un décor ajouté après coup. Il organise une partie de la fabrication du disque, rassemble Bashung et Fauque autour d’un objectif commun et met leur travail en présence de musiciens recrutés sur place. La promesse de rapporter un « tube » reste alors un pari. La chanson appelée à l’accomplir est encore en pleine transformation.

Berlin, une berline et le prénom Joséphine

La naissance d’Osez Joséphine remonte aux images de la chute du mur de Berlin, regardées à la télévision par Bashung et Jean Fauque. Les « berlines » aperçues dans ce contexte alimentent une première matière d’écriture. Fauque apporte notamment le mot « osez », qui deviendra le moteur de la formule retenue pour le refrain.

Bashung introduit ensuite Joséphine. Ce prénom ne désigne pas une figure abstraite inventée pour la chanson : il renvoie à l’une de ses tantes, présentée comme une femme libre dans un environnement conservateur. Le texte fait ainsi se rencontrer une actualité historique observée à distance, un jeu de mots et un souvenir familial. Bashung remanie l’ensemble pour lui donner sa forme définitive.

Cette construction à deux voix illustre le fonctionnement du tandem. Fauque fournit une première matière et des mots décisifs ; Bashung les déplace, ajoute le prénom et reprend le texte. La chanson ne procède pas d’une inspiration unique immédiatement fixée, mais d’un échange et de réécritures successives.

Le morceau connaît également une transformation importante entre sa maquette et la version finalement publiée. Jean Fauque a souligné combien l’ébauche initiale différait du résultat connu. Cette métamorphose donne tout son sens à la promesse formulée avant Memphis : le « tube » n’était pas déjà contenu, intact, dans la première version. Il a fallu le construire.

Le disque du retour au premier plan

Osez Joséphine devient le premier extrait de l’album et finit par se confondre avec son identité. Son titre réunit les deux contributions essentielles du texte : l’impulsion donnée par « osez » et le personnage familial apporté par Bashung. Derrière une formule devenue immédiatement reconnaissable se trouve donc un assemblage précis d’images berlinoises, de travail lexical et de mémoire personnelle.

L’album atteint la 14e place du classement français et obtient une certification platine pour plus de 300 000 exemplaires. Ces résultats matérialisent le retour de Bashung au succès populaire après plusieurs années plus difficiles. Le déplacement à Memphis, la poursuite du dialogue avec Fauque et la transformation de la chanson-titre trouvent ainsi une conséquence directe dans sa trajectoire.

Trente-cinq ans après sa parution, Osez Joséphine reste indissociable de cette séquence : un auteur et un parolier partent aux États-Unis avec une promesse, enregistrent entre trois villes et reviennent avec un morceau profondément remanié. Alain Bashung et l’album figurent également dans la programmation de RADIO COLLECTION.

Le chiffre des ventes raconte une réussite, mais l’image la plus révélatrice demeure celle de Bashung et Fauque devant leur télévision. Des voitures aperçues lors de la chute du mur, un mot proposé par l’un, le prénom d’une tante ajouté par l’autre : c’est à partir de ces éléments disparates qu’est née la chanson appelée à porter tout le disque.

Sources et pour aller plus loin

Le témoignage de Jean Fauque publié par Le Parisien revient sur son travail avec Bashung, l’écriture de la chanson-titre et le départ pour Memphis. Le récit proposé par RTL éclaire notamment la transformation de la maquette avant l’aboutissement du morceau.

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Fiche de l'album

Album : Osez Joséphine

Artiste : Alain Bashung

Anniversaire : 35 ans

Date de sortie : 1er Novembre 1991

À retenir : La chanson-titre fut profondément transformée après sa maquette